An avian carrier's blog – La vie et le reste Atom feed

  1. La soumission librement consentie (2011-10-14)

    Savez-vous que si vous demandez à un inconnu dans la rue 50 centimes pour téléphoner, vous avez 8% de chance de les obtenir ? Savez-vous que vous pouvez faire passer ce taux de réussite à 40% en lui demandant l'heure avant ?

    Ces résultats, qui sont décrits dans le « Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens » de Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, s'expliquent par l'escalade d'engagement : ayant accepté une première requête qui ne coûtait rien, refuser une seconde requête paraîtrait illogique même si elle est plus onéreuse. Ayant accepté de donner l'heure, on accepte ensuite plus facilement de donner un peu d'argent.

    C'est la même technique qu'utilisent, dans la rue, ceux qui vous font signer une pétition pour ensuite vous demander de l'argent pour soutenir la cause défendue. Personne n'a envie de s'entendre dire « Mais vous venez de signer une pétition disant que c'était important, et maintenant vous refusez de donner quelques euros pour soutenir cette cause ? ».

    C'est également ce que je ressens lorsque je vois, juste avant les élections professionnelles, deux syndicats ayant dû créer une liste commune étant donné leurs faibles effectifs demander au personnel de signer une pétition avec laquelle on ne peut qu'être d'accord. Comptent-ils sur le fait qu'ayant signé la pétition portant leurs logos les personnes se sentiront obligées de voter pour eux sous peine de dissonance cognitive ?

    La ficelle est un peu grosse messieurs-dames, cela va se voir.

    Même si cela va sans dire, cela va mieux en le disant : je n'exprime ici que mon opinion personnelle, et pas celle de mon employeur ou celle d'un syndicat.

  2. Organisation et rationalité (2011-09-02)

    Dans ce billet, j'ai eu l'occasion de comparer le fonctionnement moderne et efficace de l'administration fiscale avec celui résolument inefficace de la poste dans le cadre du suivi des colis. Notons d'ailleurs que, depuis, le service Twitter "suivi_avec_lisa" qui m'avait été recommandé fonctionne de manière erratique.

    Une nouvelle expérience

    Aujourd'hui, je trouve dans ma boîte à lettres un avis de passage. Effectivement, j'étais absent. Mais de quoi pouvait-il bien s'agir ? Le postier n'avait coché ni « lettre » ni « colis », mais « autre ». Arrivé à la poste, j'ai eu le droit à la question usuelle à chaque fois qu'il s'agit d'« autre » chose : « c'est quoi comme lettre ou colis ? ». Aucune idée, sûrement quelque chose commandé avant mes vacances, donc je réponds que je n'en sais rien. Et bien sûr, un scan du code barre de l'avis de passage ne donne rien : « ah, il ne le trouve pas ». Je ne dois pas avoir de bol, c'est quasiment systématique.

    Et là, j'ai une l'idée (stupide) de poser une question (bête) : « Mais si votre postier avait en main l'objet qui m'était destiné, et qu'il a rempli un avis de passage pour que vous puissiez le retrouver, pourquoi ne lui demandez vous pas de mettre toutes les informations nécessaires ? ». La réponse était évidente : « Nous ne connaissons pas le postier, il n'est pas de chez nous ». « Mais ne pouvez-vous pas faire remonter cette information au service qui s'occupe de distribuer les paquets alors ? » continuais-je. Je n'ai pas eu de réponse.

    Après avoir cherché parmi les colis pendant 5 bonnes minutes, il s'est avéré que l'objet était classé parmi les lettres recommandées. « J'aurais du chercher là d'abord, je l'aurais trouvé » continue la préposée. Sauf que la prochaine fois ça sera l'inverse. Je n'ai pas demandé qui l'y avait placé, sans scanner le code barre ni ajouter que c'était classé avec les lettres. Probablement quelqu'un d'un autre service, sans aucun rapport avec mes interlocuteurs.

    Je ne pense pas que les gens soient, individuellement, de mauvaise volonté. Je suis persuadé par contre que l'organisation de la poste est totalement sclérosée, les différents services, cloisonnés, ne communiquent pas entre eux, les employés sont déresponsabilisés même si on les veut polyvalents et n'ont pas du tout l'esprit d'entreprise. Le « ce n'est pas géré ici, ce n'est pas notre faute » serait tout à fait entendable s'il n'était immanquablement suivi d'un fataliste « on n'y peut rien ».

    Bien sûr il y a comme partout des exceptions, des employés modèles comme des brebis galeuses. Mais là, c'est l'irrationalité de l'organisation qui entraîne la démotivation et la non-implication du personnel.

    Vivement une réforme.

  3. Service public et clientèle (2011-01-10)

    Aujourd'hui, j'ai interagi avec deux services publics :

    • les finances ;
    • la poste.

    Deux entités, deux expériences bien différentes.

    Les finances

    Je paye depuis des années mes impôts sur le revenu et ma taxe d'habitation par le biais d'un prélèvement mensuel automatique. En novembre dernier, je reçois un courrier m'enjoignant de régler, en une seule fois, ma taxe d'habitation pour l'année 2010. Surpris, je vérifie mon compte fiscal sur le site de l'administration, et effectivement je ne vois apparaître aucun prélèvement en 2010 pour cette taxe. Embêté par cette dépense non prévue mais qui semble justifiée, je m'exécute et règle mon impôt.

    Avant-hier, je m'aperçois en examinant mes relevés de compte que ces prélèvements ont bien eu lieu en 2010, et que j'ai donc payé deux fois la taxe d'habitation. Un courrier arrivé chez mon ancienne colocataire me fait comprendre la méprise : suite à sa déclaration de changement de domicile, le destinataire de la taxe d'habitation a changé et le lien n'a pas été fait. J'ai donc utilisé l'adresse électronique de mon centre des impôts (celui du 13è arrondissement parisien) pour leur envoyer un mail expliquant la situation.

    C'était il y a deux jours. J'ai reçu une réponse aujourd'hui en fin de matinée : non seulement ils avaient corrigé mon dossier, mais ils avaient de plus transmis mon message à la trésorerie du 13è arrondissement. La trésorerie m'a aussitôt contacté pour m'expliquer à quelles dates et sous quelles modalités auraient lieu les remboursements des sommes réclamées et payées par erreur. La totalité des échanges a eu lieu par mail. Ils ont retrouvé tous les documents utiles au dossier, ne m'ont rien demandé de plus.

    Depuis des années, l'administration fiscale fait d'énormes efforts pour améliorer ses efforts de communication, notamment électroniques, avec les contribuables. Et ça marche, bravo !

    La poste

    Dans le cadre d'un projet d'élèves, un collègue et moi attendons une livraison urgente. Celle-ci a été expédiée par Colissimo, et nous disposons d'un numéro de suivi. Afin de s'assurer de pouvoir récupérer le colis le plus rapidement possible auprès de notre service courrier, nous tenons à être présents lorsque la livraison aura lieu. Sur le site de Colissimo, nous pouvons suivre le colis à partir de son numéro :

    Suivi colissimo
    Suivi du colis sur le site de Colissimo

    Il doit y avoir moyen d'être prévenu par mail ou SMS d'un changement de statut. Non, ce n'est pas proposé, en tout cas pas sur leur site.

    En bon informaticien, je me dis qu'il est facile d'extraire les informations de la page afin de suivre automatiquement les changements de statuts et de générer un message nous avertissant que le colis approche. En fait, ce n'est pas si immédiat : Colissimo a bien pris soin de représenter les textes sous forme d'images pour compliquer le travail de toute personne désirant s'interfacer avec son service. Non seulement ces fonctionnalités « modernes » sont absentes de leur site, mais en plus ils refusent, à l'heure où quasiment tous les sites (mais pas tous) permettent de faire des mashups, que leurs données puissent être utilisées à des fins utiles.

    Deux services publics, deux conceptions différentes de leurs relations avec les usagers. Je vous laisse deviner lequel des deux je préfère.

  4. N°1 de la relation client (2010-12-05)

    Bouygues Télécom se targue d'être, pour la quatrième année consécutive, le numéro 1 du service clients en France pour la téléphonie mobile. Allons y, en tant que client, comment faire pour résilier une ligne téléphonique ?

    En cherchant sur le site web, après quelques clics, on trouve effectivement une information sous la forme d'une image :

    Image résiliation Bouygues

    On notera que ni l'adresse à utiliser pour l'envoi de la lettre recommandée ni le numéro à appeler pour obtenir son relevé d'identité opérateur (le RIO) ne sont disponibles sur le site WWW. Par contre, on peut demander à être contacté pour obtenir ces informations, et, en même temps, leur laisser l'occasion de tenter de nous convaincre de changer d'avis.

    J'ai fini par trouver l'adresse du service clientèle, mais ces obstacles dressés volontairement devant le consommateur qui veut simplement rompre un contrat comme il en a le droit m'écœureront toujours.

    Précision ajoutée suite à la suggestion de Erwan Arzur : voici l'adresse que j'ai utilisée :

    Bouygues Télécom
    Service clientèle
    38218 VIENNE CEDEX

    Je ne suis même pas certain que cela soit la bonne, mais je leur fais confiance (ai-je tort ?) pour maintenir une certaine continuité de service.

  5. Velib (2007-07-19)

    Bon, commençons par la partie agréable : je suis fan de Velib. Maintenant, de retour de soirée (merci Pablo pour m’avoir indiqué la route), il est rageant de dépasser les 30 minutes parce que la borne d’arrivée est pleine et qu’elle ne reconnait pas les passes Navigo pour prolonger, comme prévu, les trajets de 15 minutes supplémentaires. Surtout lorsqu’il faut faire 4 bornes pour trouver une place libre…

    Et c’est marrant d’en faire avec les copains. Et ils aiment tous malgré les petits tracas.

  6. Un résultat légitime (2007-05-08)

    Ceux qui me connaissent savent que je suis un farouche opposant au scrutin majoritaire à deux tours. En effet, celui-ci empêche d’exprimer un choix réel en favorisant le vote « utile »  lorsque les Français votent selon leurs véritables préférences, on obtient un second tour Chirac-Lepen comme on l’a constaté en 2002.

    Je préfère de beaucoup la méthode dite de Condorcet qui consiste à classer les candidats par ordre de préférence. On dit souvent qu’en 2002, l’utilisation de cette méthode se serait traduite par l’élection de Lionel Jospin, candidat le plus consensuel notamment parmis les électeurs de gauche ; en effet, Lionel Jospin aurait probablement été placé plus haut que Jacques Chirac sur de nombreux bulletins.

    Curieux de savoir ce qu’aurait donné l’utilisation de la méthode Condorcet lors de l’élection présidentielle de 2007 entre les trois candidats François Bayrou, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, j’ai fait une simulation avec les hypothèses suivantes :

    • Ceux qui ont voté Bayrou au premier tour : (en se basant sur les reports du deuxième tour)
      • votent à 40% pour Sarkozy en seconde place
      • votent à 38% pour Royal en seconde place
      • votent soit uniquement pour lui ou pour quelqu’un d’autre que Royal ou Sarkozy à 22%
    • Ceux qui ont voté Royal au premier tour :
      • votent soit uniquement pour elle ou pour quelqu’un d’autre que Bayrou ou Sarkozy à 45%
      • votent à 45% pour Bayrou en seconde place
      • votent à 5% pour Bayrou en seconde place et Sarkozy en troisième place (vote anti-extrême)
      • votent à 5% pour Sarkozy en seconde place (vote anti-Bayrou)
    • Ceux qui ont voté Sarkozy au premier tour :
      • votent soit uniquement pour lui ou pour quelqu’un d’autre que Bayrou ou Royal à 45%
      • votent à 45% pour Bayrou en seconde place
      • votent à 5% pour Bayrou en seconde place et Royal en troisième place (vote anti-extrême)
      • votent à 5% pour Royal en seconde place (vote anti-Bayrou)
    • Ceux qui ont voté pour un candidat écologiste ou d’extrême gauche au premier tour :
      • votent pour Royal en seconde place à 90%
      • votent pour Bayrou en seconde place à 5%
      • votent pour Sarkozy en seconde place à 5%
    • Ceux qui ont voté pour un candidat plus à droite que Sarkozy au premier tour :
      • votent pour Sarkozy en seconde place à 90%
      • votent pour Bayrou en seconde place à 5%
      • votent pour Royal en seconde place à 5%

    Pour être honnête, je m’attendais à voir sortir de cette simulation une nette préférence pour François Bayrou. Il s’avère que la méthode Condorcet donne le tableau de préférences suivant :

    préféré par rapport à Bayrou Royal Sarkozy autres
    Bayrou - 22552268 21187962 28307940
    Royal 27635152 - 31674016 26476540
    Sarkozy 33372626 37879228 - 30257588
    autres 45141738 41516408 38008196 -

    Le résultat, si on exclue les « petits » candidats qui de toute façon n’avaient aucune chance de gagner l’élection et que j’ai ici agglomérés ensemble, donne, par ordre de préférence :

    1. Nicolas Sarkozy
    2. Ségolène Royal
    3. François Bayrou

    Non seulement Nicolas Sarkozy aurait tout de même été élu, mais en plus Ségolène Royal arrive bien en deuxième position comme cela a été le cas au premier tour.

    Que se passerait-il si on échangeait le nombre de voix obtenues par Ségolène Royal et François Bayrou au premier tour ? François Bayrou aurait-il gagné sur Nicolas Sarkozy ? Si on garde les mêmes taux de classement que ceux exposés ci-dessus, nous obtenons :

    1. Nicolas Sarkozy
    2. François Bayrou
    3. Ségolène Royal

    Nicolas Sarkozy aurait été, quoi qu’il arrive, président de la république.

  7. Pour ou contre le vote électronique ? (2007-04-20)

    Thomas nous invite à signer la pétition contre les machines à voter. Les procédés électroniques utilisés aujourd’hui ne garantissant pas la sincérité des résultats, je l’ai signée sans aucune hésitation.

    Par contre, je ne suis pas farouchement opposé au vote électronique en tant que tel. Mais pour cela, il faudrait que les résultats puissent être vérifiés sans aucune possibilité de tricherie. Je serais satisfait d’un système où :

    1. L’électeur ou son mandataire vote sur une machine ; un bulletin papier est imprimé, représentant son vote, bulletin qui est ensuite placé dans l’urne.
    2. Les résultats sont analysés à l’aide d’ordinateurs de comptage, qui scannent optiquement les bulletins extraits de l’urne.
    3. Tout candidat peut apporter sa propre machine de comptage pour effectuer une vérification. Ces machines n’ont aucun besoin d’être certifiées par qui que ce soit : en cas de désaccord, un comptage manuel permettra toujours de les résoudre, et un parti n’aura aucun intérêt à faire de l’obstruction systématique en prétendant que les résultats sont faux.

    Mais, me direz-vous, quel est l’intérêt d’un tel système qui nécessite la présence de bulletins papiers imprimés par la machine ? Ils sont multiples :

    • Le comptage sera beaucoup plus rapide. En quelques minutes, les résultats définitifs pourront être annoncés.
    • Il sera possible d’adopter des modes de scrutin novateurs, comme par exemple le vote Condorcet qui consiste à classer les candidats par ordre de préférence. Avec cette méthode, le candidat élu aura été classé un plus grand nombre de fois avant tous les autres. En général, un seul tour de scrutin suffit.
    • Il est probable que des implémentations en logiciel libre fleuriront rapidement, permettant d’améliorer les procédés de comptage manière ouverte et transparente.

    Donc pour conclure, NON aux machines à voter actuelles, OUI aux machines à voter ouvertes. Et en attendant, n’oubliez pas de signer la pétition.

  8. UFC-Que Choisir au dessus des lois ? (2005-12-01)

    Le site CartelMobile a été mis en ligne par l’association de consommateurs UFC-Que Choisir suite à la décision de justice condamnant les trois opérateurs principaux en France de téléphonie mobile (Orange, SFR et Bouygues Télécom) pour entente déloyale sur les prix. Il vous propose de chiffrer votre préjudice en fonction des éléments de votre contrat de téléphonie mobile afin de pouvoir prétendre à une indemnisation.

    Première surprise : pour pouvoir utiliser leur calculateur exclusif, il faut fournir son adresse électronique. Tiens, étonnant de la part de cette association, je n’aurais jamais imaginé qu’elle puisse vouloir constituer un fichier d’adresses, je vois probablement le mal partout, mon adresse électronique sera sans doute effacée aussitôt après l’utilisation du calculateur.

    Or, voici le contenu du courrier reçu juste après :

    From: www-data@ufc-quechoisir.ecritel.net
    Subject: Votre inscription sur www.cartelmobile.org
    Reply-To: contact@cartel-mobile.org

    Merci de votre soutien !

    Votre mot de passe personnel vous permettant d’accéder à notre calculateur exclusif de préjudice est : XXXXXXXX.

    Attention, vous devrez indiquer des éléments précis sur la date de début et de fin de votre contrat de téléphonie mobile, le temps de communication et le prix de votre forfait. Afin de faire une estimation de votre préjudice la plus réaliste possible, nous vous conseillons donc de vous munir de votre contrat et de vos factures avant d’utiliser le calculateur.

    Si vous êtes prêt, cliquez ci-dessous pour estimer votre préjudice personnel :
    http://www.cartelmobile.org/authentification.php

    Si vous rencontrez des difficultés pour vous identifier, assurez-vous que votre navigateur accepte les cookies de session.
    Pour en savoir plus sur les cookies, cliquez ci-dessous :
    http://www.cartelmobile.org/quinoussommes.php#cookies

    Vous recevrez également régulièrement la lettre d’information “cartelmobile” portant sur l’actualité du combat mené de l’UFC-Que Choisir contre les pratiques illicites des opérateurs de téléphonie mobile.

    -—————————
    Union Fédérale des Consommateurs – Que Choisir asociation à but non lucratif
    11, rue Guénot – 75011 Paris
    site web : http://www.quechoisir.org
    -—————————

    Notez bien la partie que j’ai mise en caractères gras. UFC-Que Choisir s’arroge le droit d’enregistrer votre adresse électronique sans vous en prévenir au préalable (collecte déloyale, article 226-18 du Code Pénal), sans respecter les formalités préalables obligatoires (article 226-16 du Code Pénal), et en vous inscrivant d’office à une liste de diffusion alors que vous souhaitiez uniquement utiliser leur calculateur (détournement de finalité, article 226-21 du Code Pénal).

    Si on ajoute à cela le fait que leur courrier ne mentionne pas l’existence d’un droit d’accès et de modification aux données (encore l’article 226-16 du Code Pénal), cela commence à faire beaucoup. Dire que je tenais l’UFC-Que choisir en haute estime.

    Ah, j’oubliais, leur slogan est :

    Faites respecter tous vos droits avec l’Union Fédérale des Consommateurs Que Choisir

  9. Oh, une plainte (2005-09-29)

    Contrairement à Frédéric Couchet et à Bertrand Lemaire, je n’ai pas envie de jouer au chat et à la souris avec les spammeurs et chercher moi-même qui a bien pu voler mon adresse électronique (terme poli pour spam) pour m’envoyer deux fois un message politique de Nicolas Sarkozy. D’autres le feront mieux que moi, voici donc ce qui part à l’instant au courrier :

    Monsieur le Procureur de la République, près le
    Tribunal de Grande Instance de Paris
    75001 Paris

    Paris, le 29 septembre 2005

    Monsieur le Procureur de la République,

    j’ai l’honneur de porter à votre connaissance le fait suivant : j’ai reçu par courrier électronique, le 27 septembre 2005, deux courriers politiques non sollicités identiques intitulés « Participez au débat pour 2007 ». Ce courrier a été envoyé à deux de mes adresses électroniques, sam@ada.eu.org et sam@rfc1149.net.

    L’envoi de ces messages viole à ma connaissance au moins deux articles du Code Pénal :

    • 226-16 : je n’ai reçu aucune notification indiquant que mon adresse électronique allait être utilisée pour un traitement automatisé d’informations nominatives. Je doute donc que les formalités préalables à la mise en œuvre d’une base de données nominatives aient été remplies.
    • 226-21 : l’utilisation à des fins politiques de données qui auraient éventuellement pû être collectées à des fins d’utilisation commerciale me semble constituer un détournement de finalité caractérisé.

    J’ai donc l’honneur de porter plainte contre X et vous demande, conformément à l’article 41 du Code de Procédure Pénale, de procéder ou faire procéder à tous les actes nécessaires à la recherche et à la poursuite des infractions aux lois pénales mentionnées ci-dessus.

    Je joins en annexe 1 une impression d’un des deux courriers électroniques identiques tel qu’il apparaît dans un lecteur de messages électroniques. En annexes 2 et 3 se trouvent les formes brutes des messages, avec toutes les en-têtes permettant d’aider à l’identification de leur expéditeur.

    Veuillez agréer, Monsieur le Procureur de la République, l’expression de ma considération distinguée.

    Samuel Tardieu

    Pub Sarkozy
    Edit : certaines personnes m’ayant dit ne pas avoir reçu ce pourriel (la grande majorité des gens que j’ai interrogé m’ont dit l’avoir eu une ou plusieurs fois), voici une image du message publicitaire.

    Edit : l’idée de Thomas de la double Google Bomb (Iznogoud et Nicolas Sarkozy), proposée en commentaire du post de trolleur, m’amuse beaucoup. Visiblement, Kozlika et Olivier ont suivi aussi.

  10. Sam et la chocolaterie (2005-07-01)

    Aujourd’hui est un jour de mystère. En allant relever mon courrier postal dans ma boîte professionnelle, j’y ai trouvé des chocolats. Pas un petit chocolat de rien du tout hein, mais tout un ensemble de savoureuses gourmandises.

    Renseignements pris, certains autres collègues ont reçu eux aussi des friandises. Mais pas tous. J’aimerais bien que le ou la « coupable » se dénonce, que je puisse le ou la remercier en direct.

  11. Mais qu'est-ce qu'ils ont tous avec Gandi ? (2005-06-27)

    Gandi, une SARL qui enregistre des noms de domaines sur Internet, est à vendre. Et cette vente annoncée provoque un tollé sur la toile : Kozlika, Maxime Ritter, Laurent Gloaguen, Olivier Meunier, Daniel Glazman et plein d'autres s'en étonnent et s'en plaignent.

    Pourquoi y a-t-il un tel intérêt pour la vente d'une société privée, possédée actuellement à parts égales par quatre personnes, alors que ce genre de transactions a probablement lieu plusieurs fois par semaine en France ? Je pense que cela tient à plusieurs facteurs.

    Les associés

    Parmis les quatre associés actuels de Gandi, trois d'entre eux sont connus pour leur engagement, passé ou actuel, pour la liberté et la non-merchandisation d'Internet. Dans l'ordre alphabétique :

    • Pierre Beyssac : Pierre est l'auteur du texte Conseils contre/sur la pub sur Usenet. Lors de l'ouverture d'Internet au grand public, les sociétés ont commencé à inonder les forums de discussion de publicités pour leurs produits. Pierre a compilé et publié en 1994 une liste noire d'individus et de sociétés qui abusaient de ce medium. Il a aussi créé eu.org pour protester contre la mise en place au printemps 1995 de noms payants dans le domaine .fr (qui fut d'ailleurs suivie par la fin de la gratuité des .com, .net et .org en octobre de la même année). Pour cela, il a enregistré le domaine eu.org en août 1995 (à l'époque, il fallait plusieurs semaines de délai pour obtenir un nom de domaine) et redistribué depuis gratuitement plusieurs centaines de sous-domaines. Ce service gratuit est toujours en fonctionnement, bien que Pierre possède un quart des parts de Gandi. De plus, l'engagement de Pierre pour les systèmes d'exploitation libres tels que FreeBSD fait qu'il est bien connu dans le monde des logiciels libres.

    • Laurent Chemla : Laurent est le créateur de l'École Ouverte, un organisme de formation gratuit visant à enseigner les techniques d'Internet, en s'appuyant sur les logiciels libres, à des chômeurs ou à des personnes souhaitant réorienter leur vie professionnelle. Lors de la création de Gandi, il a publié en première page du Monde un article maintenant célèbre « Je suis un voleur » qui commençait ainsi (de mémoire, je n'ai pas l'article d'origine sous la main): « Je suis un voleur. Je vends des noms de domaine sur Internet. ». Comme Pierre Beyssac, il y soutient que les noms de domaines devraient être gratuits.

    • Valentin Lacambre : Valentin a été connu pour l'affaire « Estelle Hallyday » lorsqu'il a été condamné, en tant qu'éditeur du site altern.org, parce qu'un des hébergés avait reproduit des photos privées du mannequin (déjà parues dans la presse) sans son autorisation. Avec Laurent Chemla, ils ont aussi racheté transfert.net, medium indépendant en difficultés financières, mais n'ont pas réussi à le maintenir à flots.

    Je ne parlerai pas du quatrième associé dont le rôle dans Gandi semble plus administratif qu'idéologique.

    L'idéologie sous-jacente

    Je me souviens (certains diront avec nostalgie) de la création de Gandi et des déclarations de Pierre et Laurent : « nous allons foutre le bordel dans le monde du nommage sur Internet ». Les tarifs, à savoir 12€ par nom de domaine, étaient en effet 3 fois inférieurs à ce qui se pratiquait habituellement. Avec cela, la société devait tourner, tout en faisant un minimum de marge lui permettant d'être rentable. Mais le succès, dû en grande partie à la personalité des trois associés sus-décrits, fut tel que Gandi engrangea un chiffre d'affaire plus important que ce qui était prévu. En quelques mois, le compte en banque couvrait les dépenses initiales, à savoir l'argent mis dans la société par les associés pour sa création et pour la caution exhorbitante obligatoirement bloquée pour gérer les cas de litige sur les noms de domaine.

    Pendant plusieurs années, Gandi a soutenu des initiatives militantes, comme les journées « Autour du Libre 2003 », l'École Ouverte Francophone et d'autres, plus ou moins connues, plus ou moins publiques, et ce en refusant toute publicité ou contrepartie. Gandi a également participé très activement à Gitoyen, un GIE citoyen qui devait, à l'origine, fournir à bas prix des accès Internet aux entreprises et associations ainsi qu'un accès ADSL à bas prix.

    Cela n'empêcha pas Gandi de tomber dans les travers d'une entreprise traditionnelle :

    • la société fut attaquée devant le tribunal des prud'hommes par certains de ses employés ;
    • les associés durent décider quelle partie des bénéfices leur serait reversée sous forme de dividendes et quelle part serait réinvestie, ce qui créa des dissensions ;
    • des « erreurs de casting » dans le recrutement des employés contribuèrent à augmenter la crispation à l'intérieur de la société et entre les associés ;
    • le nombre important de demandes de mécénat obligea les associés à faire des choix pas toujours consensuels pour décider des projets à soutenir.

    Après une période de flottement, les associés firent appel à Jean-Claude Michot pour diriger la société et à Laurent Frigault pour le côté technique, deux vieux routards d'Internet travaillant précédemment pour Teaser, afin de remettre de l'ordre dans une société où quasiment aucune hiérarchie n'existait. La période de la « boîte de copains » était terminée, et une structure plus traditionnelle se mettait en place.

    Gandi aujourd'hui

    Gandi est aujourd'hui une société ressemblant à n'importe quelle autre « bonne société » : les clients sont globalement contents des services rendus, les employés et les dirigeants communiquent librement et ouvertement avec eux par le biais de forums de discussions publics et les associés ont peu à peu pris de la distance avec la gestion de la société. Trois d'entre eux sont gérants (le quatrième ne pouvant l'être en raison de son contrat de travail dans un établissement public), mais le directeur dirige. Et la boîte tourne.

    Elle a cependant perdu une partie importante de son idéologie initiale. Les associés touchent des dividendes confortables qui pourraient, s'ils le souhaitaient, être à la place réinvestis dans d'autres projets ou dans un soutien plus important aux communautés en ayant besoin. Les prix n'ont pas baissé malgré la marge réalisée, alors que d'autres bureaux d'enregistrement de noms de domaines pratiquent des prix inférieurs (BookMyName, appartenant au même groupe que Free, propose des noms de domaine à 8,31€). Et surtout, les associés ne parviennent plus toujours à se mettre d'accord ; leur nombre pair n'aide pas à débloquer les situations en cas de blocage, aucun des quatre n'ayant de voix prépondérante, en raison de leur nombre de part égal dans la SARL.

    Pourquoi protester contre le rachat de Gandi par un tiers ? Il semblerait que les clients, venus pour les bas prix initiaux ou la personalité des associés soient déçus et inquiets. Pourtant, Gandi n'est plus le moins cher du marché, donne l'impression de soutenir moins d'initiatives citoyennes ou associatives et surtout n'a pas un contrat sans faille : les services de redirection de site WWW ou de courrier électronique sont présentés comme un plus, offert gracieusement en dehors de tout cadre contractuel. Cela signifie que rien n'obligera un éventuel repreneur à maintenir ces services en l'état (je ne suis pas juriste, rien n'indique qu'un tribunal ne considérera pas ces services offerts de longue date comme faisant partie de l'accord de manière tacite, surtout lorsqu'il s'agit d'un contrat entre professionnels et particuliers).

    Ce que j'en pense

    J'ai vraiment l'impression, avec tout ce que je peux lire ces jours-ci à propos de la vente de Gandi, d'être à contre-courant. Je serais content si Gandi était vendu :

    • Comme lors de l'arrivée de Jean-Claude Michot et Laurent Frigault, cela donnera un nouveau souffle à la société, qui offrira peut-être de nouveaux services ou adaptera ses prix à la baisse si le repreneur peut agir librement, sans blocage comme c'est le cas actuellement.

    • Je ne doute pas un instant que les trois associés sus-décrits réinvestissent une partie de leur capital fraîchement acquis pour lancer d'autres projets novateurs comme ils ont su le faire lors de la création de Gandi. Certes, ils ne le feront probablement pas tous ensemble, mais qu'importe ?

    Gandi a depuis longtemps perdu ce qui faisait son attrait initial, mais il n'empêche que cela reste une société qui fait du très bon boulot, même si elle n'est plus la plus compétitive. Longue vie à Gandi et à ses propriétaires actuels.

  12. Bons clients (2005-06-18)

    Ce qui est sûr, c’est que ceux qui tiennent le kebab de la rue de l’amiral Mouchez (la « Sandwicherie du parc ») savent qui sont leurs bons clients :

    (cliquez sur l’image pour l’aggrandir)

    D’ailleurs, il y a une erreur dans le nom d’une des rues. Un habitant du XIIIè arrondissement saura-t-il la trouver ?

  13. Une journée banale (2005-06-10)

    De retour de l’hôpital, les 24 dernières heures ont été intenses. Je pensais qu’en me donnant un arrêt de travail, les médecins prenaient simplement leurs précautions. J’ai eu tort, il était bien indispensable.

    La prise de vaso-dilatateurs et d’anti-épileptiques avant le coucher a enrichi la première partie de ma nuit d’une dizaine d’hallucinations cauchemardesques puissantes avec, à chaque fois, un difficile retour à la réalité. J’ai fini par trouver un sommeil véritablement réparateur après quelques heures.

    Comme il avait été prévu, j’ai passé la journée suivante dans un état de somnolence avancé. L’esprit fonctionne normalement, le corps ne suit pas. Je n’ai pas envie de dormir, mais me sens faible.

    Le moral reste cependant au beau fixe. Les acouphènes sont toujours présents, mais ne me dérangent pas particulièrement. Mon plus gros problème à l’heure actuel reste, considération très terre-à-terre, l’évacuation en eau de ma cuisine qui refuse désespérément de se déboucher malgré mes efforts maladroits, m’empêchant d’utiliser mon évier et mes appareils électro-ménagers.

    Somme toute une journée assez banale.

  14. Enfin la quille (2005-06-08)

    Énormément de monde me téléphone, m’envoie des SMS ou des courriers électroniques pour me demander de mes nouvelles suite à mon billet précédent. Voici donc les dernières péripéties d’un futur ex-malade.

    La vie à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière depuis maintenant une petite semaine se passe bien, les amis et la famille défilent sans cesse, c’est devenu un sujet de plaisanterie pour le personnel soignant visiblement peu habitué à voir autant de monde rendre visite à une seule personne ; ils ont du mal à me trouver dans ma chambre, et lorsqu’ils y parviennent, j’y suis rarement seul, en train de recharger la batterie de ma perfusion pour pouvoir repartir. J’ai surtout eu la chance d’avoir deux anges gardiens dans mon entourage qui ont veillé sur moi en permanence (et qui se reconnaîtront). Grâce à tout ce petit monde, mon moral a pû rester au beau fixe et mon humeur excellente.

    J’ai eu une chance extraordinaire : le traitement à base de vaso-dilatateurs et de corticoïdes semble avoir parfaitement fonctionné, puisque d’après les derniers examens j’ai récupéré la totalité de mes capacités auditives, alors que le pronostic du médecin qui m’a fait hospitaliser était défavorable. La rapidité de réaction a été, d’après tous les spécialistes rencontrés, primordiale. Si après une nuit de sommeil vous avez toujours une surdité ou des acouphènes, foncez immédiatement à un service d’urgence ORL, il n’y a pas de seconde chance. Les acouphènes n’ont, pour leur part, pas disparu. Nous avons commencé hier un traitement à base d’anti-épileptiques pour tenter de désexciter les cellules nerveuses à l’origine de ces sifflements permanents. La première prise m’a provoqué des nausées pendant environ cinq minutes, et m’a mis hors-service juste après. Ce traitement durera, en fonction des éventuels résultats, entre un mois et un an. Les vaso-dilatateurs par voie orale, en remplacement de la perfusion actuelle, seront à prendre pendant un mois.

    L’ensemble du personnel hospitalier est agréable et souriant, des réceptionnistes au chef de service en passant par les infirmières, les aides-soignantes, le personnel technique, les internes et les praticiens. Ils sont tous pleins de petites attentions, toujours prêts à faire plaisir et à faciliter la vie des « malades ».

    La nourriturre est correcte, même si les repas sans sel (en raison des corticoïdes administrés en intraveineuse) sont un peu fades à la longue. Heureusement, à partir de demain, cette partie du traitement sera terminée, et une orgie de sushis et de viande des grisons est à prévoir.

    Un interne en ORL avec qui j’ai discuté il y a quelques jours m’a dit avoir eu également des problèmes d’acouphènes le lendemain d’un concert de Marilyn Manson à Bercy. Non seulement l’accoustique de la salle n’est pas terrible, mais il semblerait qu’ils soient incapables de maîtriser le niveau sonore. Le commentaire de Julien laissé suite au billet dans lequel je raconte mes mésaventures me donne vraiment l’impression que le volume de ce concert-ci était anormalement élevé.

    J’ai réussi à négocier l’ouverture de mon balcon, d’habitude fermé pour des raisons de sécurité. En tenant le portable à bout de bras, je parviens à atteindre une borne WiFi à l’extérieur de l’hôpital et à utiliser UUCP pour échanger des messages avec l’extérieur (après avoir testé trois cartes WiFi jusqu’à en trouver une assez puissante pour traverser la totalité de cet immense hôpital). La publication d’un nouveau billet ou la navigation sur le web sont par contre totalement malaisées, étant donné que je dois tenir le portable d’une main tout en essayant de taper de l’autre.

    Demain, vers 14h, je retrouve la liberté. Même si j’ai passé, toutes proportions gardées, une excellente semaine à l’hôpital, je suis content de le quitter et j’espère ne pas avoir à y retourner de sitôt en dehors des futurs examens à prévoir.

    Et encore merci à tous ceux qui m’ont permis de faire passer le temps si rapidement en me tenant compagnie, Agnès, Alain, Alexandre, Alexis, Anabel, Brieuc, Daniel, Élisabeth, Jacob, Joachim, Marie, Melie, Pablo, Roland, Sébastien, Thomas, Xavier, Yann et à tous ceux qui m’ont proposé de passer et à qui j’ai dit que ce n’était pas la peine.

  15. Cela n'arrive (pas) qu'aux autres (2005-06-05)

    Je lis souvent des choses atroces sur Internet. Des récits d’expériences malheureuses, de vécus tragiques. À chaque fois, je plains les victimes, et me réjouis de ne pas être à leur place.

    J’étais notamment tombé par hasard sur plusieurs sites qui racontaient comment, suite à un concert trop bruyant ou à une soirée en boîte de nuit au volume excessif, certaines personnes avaient perdu tout ou partie de leurs capacités auditives. Par chance, je n’avais jamais eu de problèmes de la sorte, malgré mon attirance pour les endroits bruyants. De toute façon, ce genre de choses ne pouvait arriver qu’aux autres, mes oreilles étaient en béton.

    J’avais tort. Mercredi dernier, j’ai assisté avec des amis au concert de System Of A Down au POPB. C’était un bon concert, bien que court. Nous étions dans la fosse, juste devant les musiciens et les hauts-parleurs. Le son était fort. Très fort. Beaucoup trop fort en fait. À la sortie, comme après tous les concerts violents, j’entendais le monde à travers une épaisse couche de coton, les sons me parvenaient etouffés, sensation somme toute pas si désagréable et qui passe habituellement en quelques dizaines de minutes.

    Malheureusement, cette impression de surdité passagère a persisté durant la soirée qui a suivi le concert. Sont venus s’y ajouter des acouphènes, sifflements permanents produits par le système nerveux pour pallier une déficience auditive. Le lendemain matin, après avoir dormi, aucun changement, je restais sourd et en proie à ces sifflements obsédants.

    C’est alors que je me suis souvenu de ces pages lues sur Internet. Elles disaient toutes que dans un tel cas la rapidité de réaction était primordiale, et qu’un déplacement aux urgences était indispensable pour espérer récupérer, sans aucune garantie, une partie des capacités auditives perdues lors du traumatisme. Je me suis donc rendu à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière, proche de chez moi, où j’ai été très rapidement admis en consultation ORL pour y subir un audiogramme, après avoir dû toutefois insister pour convaincre l’accueil de la nécessité d’une consultation immédiate.

    L’examen a pris dix minutes, à l’issue desquelles mon hospitalisation d’urgence a été décidée. Comme me l’a dit hier matin le chef de service de l’unité où je suis accueilli, « vous avez un profil auditif typique d’un chasseur ou d’un militaire en fin de carrière ». Les deux oreilles sont atteintes et ont subi une très importante perte d’audition dans les aigus. Le premier médecin rencontré était très dubitatif quant à une quelconque possibilité d’amélioration, mais nous avons décidé de tenter le seul traitement dont on pense qu’il peut avoir une certaine efficacité (non prouvée selon lui) s’il est administré à temps.

    Ce traitement consiste à recevoir, en perfusion, jour et nuit, des vaso-dilatateurs et des corticoïdes, pendant une durée variant de cinq à dix jours. A priori, je suis bloqué à l’hôpital pour une semaine. Je n’ai pas le droit d’interrompre, même pour un instant, la perfusion de vaso-dilatateurs. Je promène l’appareil partout avec moi, sous la douche, dehors, à la cafétéria. Je suis au régime sans sel à cause des corticoïdes, et je dois limiter le sucre au maximum. Les sushis et la viande des grisons (mes deux pêchés mignons) me sont interdits, ainsi que l’alcool.

    Les derniers résultats des tests montrent une amélioration notable de l’oreille droite, qui semble avoir bien récupéré, et une chute de 40dB pour les aigus de l’oreille gauche, qui continue à siffler sans interruption. Je m’estime extrêmement chanceux d’avoir récupéré une audition correcte d’un côté. Je conserve l’espoir d’une récupération partielle pour l’oreille gauche, même si c’est improbable.

    Je suis heureux que Marie, Anne et Xavier, présents avec moi dans la fosse lors du concert, n’aient visiblement pas été atteints. Sébastien et Audrey, qui ont assisté au concert depuis les gradins, étaient moins exposés. De nous tous, Marie a été la seule prudente et a utilisé des filtres de cigarette (sans le papier) pour pallier l’absence de bouchons d’oreille. C’est elle qui semble avoir le plus profité de la musique.

    Au fait, pourquoi écrire ce billet ? J’ai deux raisons distinctes :

    1. Prévenir les personnes qui attendent des nouvelles de moi, pour des raisons professionnelles ou personnelles, qu’elles devront patienter encore une semaine avant que je ne retrouve une connexion à Internet.
    2. Mettre en garde tous ceux qui assistent à des événements bruyants ; utilisez systématiquement des bouchons d’oreille, vous profiterez tout autant de la musique, et éviterez de détruire vos oreilles définitivement ! Notez que ce concert avait lieu à Bercy, dans une salle très fréquemment utilisée pour ce genre d’événements. Que des professionnels aient pû organiser un concert d’une telle intensité sonore, ne ressemblant en rien à ce que j’avais déjà entendu, me dépasse. C’est d’autant plus surprenant que le concert était extrêmement court, et qu’il n’y a eu aucun rappel. Après coup, je m’en réjouis, je n’ose imaginer les conséquences d’une exposition encore plus longue à un tel niveau sonore.

    Quand j’en aurai l’occasion, je rejoindrai la cohorte des gens qui tentent d’informer les autres, jeunes ou moins jeunes, des risques liés à l’exposition à un bruit trop fort. Cela n’empêchera peut-être pas la prise de risques (comme dans mon cas), mais peut-être cela permettra-t-il à d’autres de savoir comment réagir une fois les symptômes présents.

  16. Je ne comprends pas (2005-05-30)

    Plusieurs de mes amis déplorent, parfois avec beaucoup d’amertume, la victoire du non lors du référendum de dimanche. Supposons qu’ils aient eu à se prononcer sur le traité de Nice, qui s’appliquera à la place du traité constitutionnel, qu’auraient-ils voté ? Oui, ce qui signifie qu’ils ne le trouvent pas si mauvais que ça ? Non, ce qui les place dans une situation leur permettant difficilement de critiquer le choix de la majorité ?

  17. Une araignée au plafond (2005-04-20)

    Environ une fois par semaine, une minuscule araignée apparait sur le mur blanc qui se trouve derrière mon écran. Chaque fois elle remonte le mur. Chaque fois, sa présence attire mon attention. Chaque fois, je m’en débarasse. Chaque fois, elle revient.

    Je n’arrive pas à décider si c’est la même araignée qui ressuscite et persiste ou si une nouvelle prend sa place. Je préfère penser que c’est la même. En fait, j’en aurais presque de l’affection pour elle au moment de la tuer.

  18. Petite faveur (2005-04-18)

    À tous ceux qui m’écrivent et à qui je ne réponds pas, sachez que je ne vous oublie pas. Mais en ce moment, entre les cours et projets de robotique et systèmes embarqués de l’ENST qui occupent mes journées, la coupe de robotique 2005 qui occupe mes nuits et mes week-ends, ma déclaration d’impôts qui n’est pas encore faite et ma machine à laver qui est en panne… il me reste environ -3h par jour (oui, il y a un moins devant), et encore si je ne dors pas.

    Si vous avez le pouvoir de suspendre le temps, faîtes moi une petite faveur, je vous en serais éternellement reconnaissant.

  19. C'est ça la fidélité ? (2005-04-18)

    Lorsque je suis allé chez Bricorama acheter des outils et du matériel de test électrique, on m’a proposé la carte de fidélité, gratuite. L’ayant acceptée, j’ai bénéficié de 5% de réduction sur l’ensemble de ma facture.

    J’ai demandé si c’était systématique, on m’a répondu que ce n’était valable que lors de l’inscription. J’aurais plutôt pensé qu’une carte de fidélité récommencerait les clients fidèles, qui reviennent régulièrement, mais non, chez Bricorama on préfère récompenser la première fois.

    Je me demande si je ne vais pas adopter cette définition de la fidélité dans la vie de tous les jours.

  20. Après le Pape, Ocean (2005-04-18)

    Bon, après avoir testé l’ensemble des capacités et des résistances (filtrage et carte de puissance) de ma machine à laver, j’ai le regret de vous apprendre, une dizaine de jours après celui du Pape, le décès tragique de ma machine à laver Ocean. Le remplacement du programmateur d’une machine de 7 ans étant trop compliqué, il a été décidé de mettre fin à sa carrière.

    Espérons que sa remplaçante, une Indesit, arrivera chez moi avant l’élection du nouveau pape.

  21. Si si, c'est pour de vrai (2005-04-13)

    Voici le message que je viens de recevoir :

    jaten désespérémen ke tu me rep….là je sui un momen sur le net é apré je v suremen alé me maté qq zod de sg…ou juste la suite de “enfants des dieux” ke ma mother ma coupé en pleine action hier soir RRRRRrrrrrrrrr
    ah sinon pr lé sims 2 tu c ke sa marché po, eh ben ce soir mon frangin va minstallé un patch pr ke sa march, jtenvéré un mail pr te dire si sa a marché…..ds laprem fo ke je lé installe dailleur pr ke sa soi prê pr ce soir……
    gro bizou

    Si si, ça existe des gens qui écrivent comme ça, des tortureurs de langue, des esthètes de l’horreur, des zigouilleurs de mots. Peut-être qu’on leur a fait croire qu’Internet était payant par caractère… Cela dit, je ne comprends pas ce qu’on veut me dire ni de quoi on me parle.

  22. Du cul pour Luc (2005-04-07)

    Sam, pourquoi dans ton blog quand on fait une recherche sur luc on ne trouve rien alors que si on demande cul on trouve tous les billets ?

    C’était une bonne question, merci Sylvain de l’avoir posée, même si j’ai encore du mal à comprendre comment tu en es arrivé à tester cela.

    En fait, la recherche ne renvoie pas tous les billets, uniquement ceux qui contiennent vraiment cul. Notamment en partie de mot. culinaire, reculé, cultivé.

    Encore un mystère éclairci. Chaque jour le monde devient plus simple.

  23. Les parents aussi lisent les blogs (2005-03-14)

    Conversation avec Élisabeth, ma mère, un week-end de Mars :

    Elle : tu as des nouvelles de Nadine ?

    Moi : oui, j'en ai eu il y a quelques jours, elle va bien, tu n'en as pas ?

    Elle : ça fait un bout de temps que je ne lui ai pas écrit, je vais le faire; les dernières nouvelles que j'ai eues, c'était indirectement à travers le blog de Thomas [le lien est de moi, ma mère ne parle pas encore avec des hyperliens dans la bouche], d'ailleurs il écrit très bien

    Moi : tu lis le blog de Thomas ???

    Elle : oh, rien qu'une fois, c'est Roland [un de mes petits frères] qui m'a donné l'adresse

    Je sais que les blogs sont publics, je sais que ma mère surfe sur Internet, mais je n'imaginais pas qu'il y avait une intersection entre ce qu'écrivaient mes amis et ce que lisait ma famille.

    Ça ne me dérange absolument pas, surtout maintenant que je l'ai réalisé, mais :

    Note pour Thomas : ne te sens pas obligé de raconter nos soirées avec trop de détails !

    Note pour Élisabeth : Maman, ne crois pas un mot de ce que dit Thomas si par malheur il parlait de moi, il exagérerait sûrement !

  24. Comme un lundi (2005-03-14)

    Comment reconnaître un lundi :

    • au réveil, s'apercevoir brutalement qu'on a été optimiste et que l'heure programmée est trop tardive pour avoir le temps de prendre son café et sa douche en paix ;

    • après avoir courru, s'apercevoir que son réveil est tellement en avance qu'on a tout le temps et qu'on peut lire quelques mails et parcourir quelques blogs pendant qu'on savoure son café ;

    • au moment de partir sous la douche, une fois qu'on n'a plus de marge de manoeuvre pour ne pas être en retard, s'apercevoir que sa série favorite du moment n'est pas en train de se télécharger automatiquement comme elle devrait car le site qui recense les derniers épisodes n'est pas atteignable ;

    • après avoir cherché d'autres sites, et être définitivement en retard, poster une entrée dans son blog pour raconter toutes ces choses inutiles.

    Comme un lundi quoi...

    Mise à jour :

    • après être arrivé tout juste à l'heure à ses soutenances, se souvenir, devant l'absence d'élèves, qu'on a changé la date au lendemain après-midi à leur demande...
  25. Pluie, neige et crottes de chien (2005-03-03)

    Paris, c’est plein de crottes de chien. Il y en a sur les trottoirs, dans les caniveaux, au milieu des rues (les propriétaires ont le goût du risque). L’angoisse du Parisien est souvent de ne pas marcher dans une de ces déjections canines en se rendant à un rendez-vous important ou, dans mon cas, avant d’aller en cours alors que je n’ai qu’une minute d’avance à peine.

    Quand on rentre chez soi, c’est moins pire. Même en cas d’accident, on peut facilement nettoyer ses chaussures dans la discrétion de son foyer. Mais quand il pleut ou qu’il neige, c’est autre chose.

    La neige, sous son épais manteau blanc, peut insiduisement cacher une crotte sur laquelle le pied va s’écraser sans que le possesseur dudit pied le remarque. Une fois rentré chez lui, seul un tapis souillé lui mettra la puce à l’oreille.

    La pluie est encore plus répugnante. Le Parisien rapporte chez lui de la merde mouillée, étalée imperceptiblement sur chaque centimètre carré de chaussée, et la redistribue chez lui, en fines couches, sans s’en apercevoir.

    Il neige ce soir à Paris. Je n’ai pas marché dans une crotte de chien, mais j’aurais pu. Et de toute façon je me déchausse chez moi, surtout le jeudi. Mais je pensais que c’était important de vous faire partager ces réflexions.

  26. Tunisie, suite (2005-02-28)

    Mon voyage en Tunisie s’est poursuivi par la série de cours que je devais donner en Mastère et par plusieurs réunions concernant les programmes de SUP’COM. Tout cela s’est fort bien passé et fera l’objet d’un rapport de coopération qui n’a pas sa place dans mon blog.

    Suite de la visite

    Même si je suis resté à moins de 100km de Tunis (je rappelle que je n’étais pas en vacances), j’ai pu visiter des endroits charmants et passionnants. Tout d’abord, Zaghouan.

    Ali, qui m’avait déjà accompagné dans le souk et avec qui nous avions passé l’après-midi, m’a invité vendredi soir dans sa famille pour une grande fête. Nous avons pris un louage (voir ci-dessous) jusqu’à Zaghouan, la ville des eaux, en bordure de montagne, où habite sa famille. L’eau de source de Zaghouan est tellement réputée que les romains ont construit un acqueduc pour acheminer l’eau depuis le «Temple des eaux» jusqu’à la capitale. Il reste de nombreuses traces de cet ouvrage tout au long des 60 kilomètres de route. La ville de Zaghouan est charmante, avec une vieille ville traditionnelle et des constructions plus récentes qui montrent visiblement l’expansion continue de la ville, coincée sur un côté par la montagne.

    La soirée dans cette famille tunisienne fut un pur moment de bonheur. Je ne la détaillerai pas ici car c’est une expérience trop personnelle et trop intime, mais je conseille à tout ceux qui ont des amis tunisiens de participer à une fête de famille. Et n’ayez pas peur de prendre 3kg dans la soirée, vous les prendrez de toute façon!

    Le samedi après-midi, après que je sois rentré de Zaghouan, Khaled, un thésard de SUP’COM, est venu me chercher pour m’emmener visiter les alentours de Tunis. La cathédrale Saint-Louis et les ruines de Carthage permettent de ressentir le poids de l’histoire de ce pays dont le sang des habitants est un mélange de sangs romain, carthaginois, français, italien, turc, phénicien, arabe, et bien d’autres.

    La Marsa est une ville de bord de mer dans laquelle il doit faire bon vivre. Les villas, les petites maisons et même les immeubles donnent une impression de léger luxe qui semble reposante tout en restant dynamique, face à la plage.

    Sidibou Saïd pour sa part, à quelques kilomètres de La Marsa, a l’air d’avoir été construite pour illustrer l’adjectif « tranquille ». Ses célèbres maisons blanches aux volets bleus bordant les rues pietonnes pavées apportent une image reposante de la Tunisie. Le thé aux pignons du «Café des Nattes» mérite sa réputation. Depuis le café «Sidi Chebaane», on voit le palais du baron d’Erlanger, qui surplombe la falaise, et les escaliers qui permettent de descendre jusqu’au port. Tout simplement splendide.

    Je suis reparti de Tunis (de justesse, ayant rejoint l’avion à peine 4 minutes avant l’heure du départ) en ayant l’impression d’avoir tout juste terminé de voir ce qu’il fallait absolument y découvrir (au dire des Tunisiens). Cela m’a donné envie de revenir pour visiter d’autres parties de la Tunisie, en commençant par le désert dont j’ai plusieurs fois entendu parler lors de mon séjour.

    Les transports autour du Tunis

    J’ai eu l’occasion d’utiliser un certain nombre de moyens de transport différents. Le premier était la voiture particulière. Les voitures sont chères en Tunisie, plus qu’en Europe lorsqu’on passe par les concessionaires officiels. Toutefois, chaque personne en Tunisie peut bénéficier d’une aide gouvernementale sur certaines voitures de faible puissance (comme la Clio). Ces voitures sont proposées à un prix de 12000DT (7800€), mais ne peuvent pas être revendues sous peine de payer de lourdes taxes correspondant à l’économie faite initialement.

    Les taxis, jaunes, sont équipés d’un compteur qui fonctionne selon le même principe qu’à Paris (prise en charge initiale, temps et distance de la course). Toutefois, il ne semble pas y avoir de prix minimum (à comparer aux 5,10€ parisiens).

    Tunis dispose également d’un métro (qui est en fait un tramway, aussi bondé aux heures de pointe que le métro parisien) et d’un train (qui est réellement un train mais que les locaux considèrent comme un tramway parce qu’il ressemble à un autorail plus qu’à un gros train). Le métro permet de se déplacer aux alentours de Tunis, le train TGM (Tunis-Goulette-Marsa) va jusqu’à la charmante petite ville de La Marsa.

    Mais le moyen de transport qui m’a le plus surpris est le louage. Le principe est simple: des camionnettes confortables pouvant embarquer 8 personnes plus le chauffeur font l’aller-retour entre les villes principales de deux gouvernorats. Le prix est de quelques dinars, la vitesse rapide et le départ quasi-immédiat.

    Lorsqu’Ali et moi avons rejoint sa famille à Zaghouan, à une soixantaine de kilomètres de Tunis, nous avons utilisé un louage. Nous avons attendu moins d’une minute que la camionnette soit complète, et 45 minutes plus tard, nous étions arrivés. Le lendemain, pour revenir à Tunis, j’ai pris un nouveau louage dont j’étais le premier occupant. Il a fallu trois minutes pour que celui-ci soit complet, et encore une fois, 45 minutes plus tard j’étais à Tunis. Le prix du voyage était de moins de 3DT (moins de 2€).

    Ce moyen de transport, le plus utilisé en Tunisie entre les gouvernorats, possède plusieurs avantages importants:

    • il revient moins cher et pollue moins que des voitures individuelles ;
    • il est beaucoup plus souple et plus rapide qu’un bus ;
    • il est aussi rapide que le train (qui n’existe pas pour beaucoup de trajets) si on prend en compte le temps d’attente et les horaires fixes du transport de voyageurs par rail.

    La prochaine fois que je reviendrai en Tunisie, je n’hésiterai pas à me promener d’un gouvernorat à un autre en usant et abusant du louage!

    Le moins drôle: je le gardais pour la fin, mais j’ai oublié mon appareil photo en partant de Paris. Et j’ai pourtant pensé à tous les câbles, au chargeur, mais pas à l’appareil. J’ai dû acheter un petit appareil argentique jetable; je ne sais pas ce que donneront ces 27 photos une fois développées. Avec le numérique, on perd l’habitude de devoir se restreindre sur les images.

  27. Tunisie: premières impressions (2005-02-23)

    Dans le cadre du projet TEMPUS, échange scientifique entre l’ENST et SUP’COM Tunis, l’ENST m’a demandé de partir une semaine en Tunisie pour donner un ensemble de cours sur l’informatique dans les sytèmes embarqués. Après avoir confié le chat aux bons soins de Sébastien, qui s’occupera de nourrir et distraire le fauve, j’ai embarqué dimanche après-midi pour Tunis.

    Premier contact

    À la descente de l’avion, un français ne se trouve pas dépaysé. Les affiches sont beaucoup plus souvent en français qu’en arabe, et les inscriptions sont généralement bilingues.

    Un enseignant-chercheur de SUP’COM, Chiheb, a eu la gentillesse de venir me chercher à l’aéroport. Nous sommes allés prendre un café pour discuter avant de nous rendre à mon hôtel situé en plein centre ville, sur l’avenue Bourguiba, l’équivalent des Champs-Élysées à Paris. L’hôtel Carlton est un hôtel 3 étoiles, mais se rapproche plutôt d’un 2 étoiles en France. Le prix de la chambre double avec petit-déjeuner semble cher pour un Tunisien, mais tout à fait raisonnable pour un Français habitué aux prix parisiens: 43DT (dinars tunisiens, divisés en 1000 millimes), soit 28€.

    Le niveau de vie tunisien est beaucoup plus bas que son équivalent français. Par exemple, un jeune Maître de Conférences gagne 1200DT (780€), soit moins de la moitié de ce que touche un français pour un poste équivalent.

    En me promenant dans le quartier pendant la soirée, j’ai pû comparer les sandwiches « grecs » tunisiens (sandwiches shawarma ici) aux français: les premiers sont plus riches (avec des olives), plus épicés (voire un peu trop pour un un palais européen) et beaucoup moins chers.

    Lundi

    Après une nouvelle promenade dans le quartier, Adel, mon correspondant à SUP’COM, est venu me chercher pour un repas dans un restaurant proche de mon hôtel (4,500DT par personne, soit 2,93€); je recommande d’ailleurs la salade mechouia, épicée mais délicieuse accompagnée de pain. Pendant qu’Adel allait à un rendez-vous voisin, j’en ai profité pour parcourir la Médina, le souk tunisois, grand marché aux puces tout proche de mon hôtel, temple du marchandage, ainsi que la maison des artisanats où j’ai retrouvé par hasard Adel dont le rendez-vous avait été plus court que prévu.

    L’après-midi fut consacrée à la visite de SUP’COM, à la présentation des projets de recherche locaux et à la définition des programmes précis du cours parmi les différentes possibilités. Les laboratoires de recherche de SUP’COM sont à la pointe dans plusieurs domaines. J’ai rencontré plusieurs chercheurs, doctorants et étudiants travaillant sur des projets industriels; la collaboration avec les entreprises est extrêmement poussée, et produit des résultats concrets. Par exemple, la terminal de visiophonie proposé depuis quelques jours par France Telecom utilise le codec H.263 développé à SUP’COM, qui travaille en ce moment sur H.264, qui permet de diviser par deux la bande passante nécessaire.

    J’ai eu énormément de chance: contrairement à ce que prévoyait les services météorologiques pour toute la semaine, le temps a été au beau fixe et le soleil au rendez-vous. Malheureusement, les prévisions pour le lendemain et les jours suivants étaient moins optimistes.

    Mardi

    La journée de mardi était libre. J’en ai profité pour retourner à la Médina. Il m’y est arrivé deux épisodes assez déroutants lors de mes périgrinations. Le premier a eu lieu dans une boutique tenue par deux tunisiens:

    -  Bonjour, tu es français ?
    -  Bonjour, oui, de Paris
    -  Mmm, pas seulement. Tu as des racines portugaises ?
    -  Euh, oui, comment tu le sais ?
    -  Ça se voit

    S’ensuivent des salutations en portugais. Les deux commerçants m’ont alors expliqué que, contrairement à ce que j’aurais crû étant donné le niveau de vie au Portugal, beaucoup de Portugais visitent la Tunisie et sont de bons acheteurs. Je n’ai d’ailleurs pas fait honneur à cette partie de mes racines, ne trouvant rien qui me plaisait dans ce magasin d’assiettes et de miroirs décoratifs.

    Le deuxième épisode m’a fait découvrir à quelle vitesse les informations circulaient dans les grandes familles liées au souk. Je me promenais entre les étalages, lorsqu’un commerçant m’interpelle en me disant « Eh, le Parisien qui loge au Carlton, comment vas-tu, je peux t’offrir un thé à la menthe ? ». Il m’a alors expliqué que son frère était réceptionniste au Carlton, et qu’il m’avait aperçu la veille au soir lorsqu’il lui rendait visite. Ce qu’il avait en stock me plaisait beaucoup, j’ai acheté trois poufs pour mon salon en faisant baisser les prix de deux tiers. Malgré cela, j’ai quand-même l’impression de les avoir payé trois fois plus cher que ce qu’aurait obtenu un Tunisien, ce qui ne m’empêche pas d’être content d’avoir marchandé.

    Cette impression a été renforcée lorsque Ali, un élève tunisien de l’ENST en vacances dans sa famille m’a rejoint avec son amie. Je l’ai laissé négocier pour mes nouveaux achats dans le souk. Il a obtenu un prix d’environ 40% inférieur à l’objectif que je m’étais fixé et que je n’espérais qu’à peine atteindre.

    La Médina est un véritable labyrinthe. Lorsque j’ai délibérément quitté les rues commerçantes pour m’enfoncer dans les ruelles environnantes, je me suis retrouvé dans un environnement digne d’un jeu vidéo. Comme dans ces derniers, j’ai mis énormément de temps pour retrouver mes repères, entre la rue de la semoule, la rue du tailleur et quelques dizaines d’autres.

    En fin d’après-midi, après qu’un couple d’amis d’Ali nous ait rejoint, nous sommes allés en tramway dans la banlieue Nord de Tunis, près du quartier de l’Ariana, pour discuter dans un salon de thé. Ali m’a ensuite raccompagné jusqu’au centre de Tunis, ou j’ai fait une pause par un publinet (cybercafé tunisien) pour envoyer des nouvelles rapides à mes proches. J’ai même écrit un billet pour mon blog, qui a disparu de manière incompréhensible à cause du traitement illogique des fonctions backward et forward de Microsoft Internet Explorer, seul navigateur disponible sur place.

    Demain matin, mercredi, Adel doit venir me chercher à 7h00 pour éviter les embouteillages en allant à SUP’COM. Mon cours de trois heures commence à 8h30, ma soirée de mardi est consacrée à rédiger ce billet, que je mettrai en ligne mercredi, et à relire mon cours pour m’en imprégner totalement.

    La Tunisie, Internet et les logiciels libres

    Internet existe en Tunisie mais son taux de pénétration dans les foyers est assez faible. L’ADSL, disponible jusqu’à l’année dernière uniquement pour les entreprises, peut maintenant être installé chez les particuliers. Son prix, 60DT par mois (39€) pour 256kbps, est prohibitif au regard du niveau de vie moyen tunisien. Cependant, beaucoup de Tunisiens accèdent à Internet dans les publinets (qui partagent un modem à 56kbps pour une demi-douzaine de postes) et utilisent le courrier électronique, la navigation sur le web et surtout la messagerie instantanée. Peu de services administratifs sont disponibles en ligne pour l’instant. Les laboratoires de recherche de SUP’COM que j’ai visités ne disposent pour l’instant que d’une ligne téléphonique, et la plupart des postes ne permettent pas d’accéder à Internet.

    Les systèmes d’exploitation utilisés sur la quasi-totalité des postes, même dans cet établissement supérieur, appartiennent à la famille Microsoft Windows. Très peu de systèmes Unix ou GNU/Linux sont disponibles, même si les enseignants-chercheurs en ont entendu parler. Les licences Microsoft sont offertes aux établissements d’enseignement, et payées à prix d’or dans les entreprises ; la première dose est gratuite, l’accoutumance fera ensuite la richesse de la multinationale du logiciel.

    En Tunisie, il est aujourd’hui difficile de se procurer des pièces détachées, notamment des cartes-mères de qualité, permettant de monter soi-même son ordinateur. Du coup, les ordinateurs arrivent construits et préconfigurés, avec, bien entendu, Microsoft Windows. La plupart des Tunisiens équipés ne connaissent que ces systèmes d’exploitation, et ignorent jusqu’à l’existence des alternatives libres.

    Il est à espérer que l’augmentation des débits des connexions Internet et l’accès individuel croissant à l’ADSL permettra la multiplication des récupérations de CDs de GNU/Linux ou des systèmes libres de la famille BSD, et leur installation en masse. La technologie apportera-t-elle la véritable liberté de choix ?

    Note: la suite du voyage est disponible ici.