An avian carrier's blog – Technologie Atom feed

  1. Handicaps, accessibilité et accès aux données (2010-02-05)

    J’ai assisté aujourd’hui à une excellente présentation sur le thème « TIC et handicaps » par un groupe d’élèves de première année de Télécom ParisTech 1. Lors de l’exposé est apparu un point qui a particulièrement retenu mon attention : alors que le site public de Télécom ParisTech a été conçu avec comme objectif l’accessibilité aux déficients visuels, l’intranet de l’École, pour sa part, méconnait totalement cette problématique.

    Par exemple, l’emploi du temps des élèves (ainsi que celui du personnel enseignant) n’est disponible qu’à travers une page WWW dans laquelle toute information sémantique est absente. Les tableaux qui s’y trouvent servent autant à la mise en forme qu’à la mise à disposition des données elles-mêmes.

    Cette situation serait beaucoup moins problématique si les données étaient accessibles sous forme structurée, apte à être intégrées dans un mashup adapté aux différents handicaps. Si, par exemple, l’interface de Twitter ne convient pas à certaines personnes, il est facile d’en extraire les données pour rendre cette interface plus conviviale comme le fait Hootsuite ou pour l’intégrer dans un système de lecture automatique. Pour cela, Twitter fournit, après authentification, les données brutes sous forme exploitable, permettant ainsi de créer de la valeur ajoutée tout en utilisant leur service. Chacun est libre de transformer et de présenter l’information sous la forme qui lui convient, sans avoir besoin de déconstruire du code HTML pour en extraire l’information qui y a été noyée de manière plus ou moins élégante.

    En tant qu’enseignant, le calendrier comprenant l’ensemble de mes cours, géré et tenu à jour par l’inspection des études, m’est totalement inaccessible de manière programmatique. Je peux certes demander une version iCal au coup par coup, mais celle-ci ne sera pas intégrable dans le logiciel de mon choix, car les changements faits dans mon calendrier professionnel n’y seront pas synchronisés. Pour la même raison, mes collègues non-voyants ne peuvent pas intégrer ces informations dans un logiciel équipé d’une interface vocale, les données risquant de devenir obsolètes sans qu’ils en soient avertis.

    Autant je peux comprendre que la refonte totale d’une interface pour la rendre accessible aux différents handicaps soit une opération financièrement lourde et difficile à mettre en œuvre dans un délai court, autant la mise à disposition des données brutes sous la forme de pages XML disponibles après authentification permettrait aux personnes intéressées de développer de leur côté, sans aucune interaction avec l’équipe en charge de l’intranet de l’École, leur propre interface de visualisation des données et cela au moindre coût. La génération de ces pages XML qui n’intégreraient aucun élément de mise en page est une opération simple qui pourrait être mise en place dans un délai très court et permettrait immédiatement la réalisation de ces mashups.

    Les élèves pourraient alors synchroniser leur emploi du temps avec Google Calendar, pourraient dans le cadre de projets scolaires développer de nouveaux modes d’accès à l’information compatibles avec les contraintes liées au handicap, les enseignants pourraient importer leur emploi du temps dans des services d’aide à la détermination de dates de réunions tels que Doodle ou Tungle sans avoir à ressaisir ces informations avec les risques d’erreurs afférents, ou sans avoir à les exporter à une date donnée avec la possibilité que l’information ne soit pas à jour.

    Je sais que certains élèves, habitués aux sites WWW collaboratifs et aux réseaux sociaux, réclament un tel accès. Je pense que c’est un processus indispensable pour que l’information ne soit plus enfermée, sous une forme inexploitable aux personnes atteintes de certains handicaps, derrière un site qui insiste pour présenter les données d’une manière unique et intangible. J’espère qu’on arrivera à faire bouger les choses.

    1 Ce travail a été effectué par Solveig ANREP, Yassine BENADDI, Laurent CHARIGNON, Thomas DI BENEDETTO, Rida EL KARAFLI, Jonathan LALIBERTE-ALLE, Kim Xuan NGUYEN, Helène PINTO, Franck ROLAND, Philippe TISSERAND et Hugo VIELLARD.

  2. DADVSI : en arrière la musique (2008-11-18)

    Il y a maintenant trois ans je prévenais, ainsi que beaucoup d'autres, du danger de la loi sur le droit d'auteur de droits voisins dans la société de l'information, plus connue sous le petit nom de DADVSI. Un amendement, surnommé par les bloggers et les journalistes « Amendement Vivendi Universal », proposait d'interdire la simple mise à disposition du public de logiciels qui pourraient être utilisés pour contrefaire du contenu protégé par le droit d'auteur.

    Et voila, on y est. La société civile des producteurs de phonogrammes en France (SPPF) poursuit quatre sociétés américaines au prétexte que leurs logiciels de peer-to-peer permettent de partager du contenu contrefait. Peu importe que ces logiciels servent à partager des logiciels libres ou de la musique légalement partageable, le fait qu'ils puissent être utilisés pour partager des œuvres dont la redistribution est interdite par leurs ayants-droits suffit à donner une chance à la SPPF de gagner une telle action en justice. Le texte de l'article L335-2-1 du code de la propriété intellectuelle est formulé en ces termes :

    « Est puni de trois ans d'emprisonnement et de 300 000 euros d'amende le fait : 1° D'éditer, de mettre à la disposition du public ou de communiquer au public, sciemment et sous quelque forme que ce soit, un logiciel manifestement destiné à la mise à disposition du public non autorisée d'oeuvres ou d'objets protégés ; 2° D'inciter sciemment, y compris à travers une annonce publicitaire, à l'usage d'un logiciel mentionné au 1°. »

    Notez bien le « manifestement destiné à la mise à disposition du public non autorisée d'oeuvres ou d'objets protégés » employé ici : c'est lui qui peut faire la différence, le juge devant apprécier si cette condition est respectée. La loi pénale étant d'interprétation stricte, c'est peut-être ce qui sauvera nos logiciels de partage du jouc de la justice.

    On pourra également remarquer qu'en cas de succès de l'action judiciaire, la SPPF aura beau jeu de la prolonger par l'attaque des fournisseurs de distributions GNU/Linux, car ceux ci fournissent en général certains des logiciels mis en cause (Azureus par exemple) dans leurs paquets. Ainsi que de tous ceux qui fournissent des dépôts, notamment en France, contenant une copie de ces distributions GNU/Linux (je pense à la quasi-totalité des fournisseurs d'accès par exemple). D'ailleurs, une des sociétés attaquées actuellement n'est autre que SourceForge, la plus grande plate-forme de développement de logiciels libres. Et ce uniquement parce qu'elle héberge et distribue un des logiciels de partage incriminés, même si la société ne contribue pas directement à son développement.

    Oh, vous me direz que ça ne peut pas arriver chez nous, qu'on ne pourra pas interdire la distribution de logiciels libres sous prétexte que certains pourraient les utiliser illégalement. On parie ?

  3. Jeudi 7 janvier 2016 (2006-01-07)

    Jeudi 7 janvier 2016. Le réveil me sort de mes rêves à 7h15. Une douce musique, choisie au hasard sur le réseau en fonction de mes préférences, me prépare à une douce journée. Petit à petit, elle est remplacée par les nouvelles du monde, récupérées auprès des sites d'information institutionnels et de particuliers, traduites et lues par une voie synthétique parfaite.

    Jeudi 7 janvier 2016. Le réveil me sort de mes rêves à 7h48. Un problème de communication avec le site de Sony, à qui j'achète la prestation et qui me vend la sonnerie, me fait commencer la journée avec une demi-heure de retard. Malheureusement, mon appartement Bouygues ne me permet pas d'utiliser un autre réveil. Petit à petit, la musique est remplacée par les publicités et les informations en provenance d'AOL, partenaire exclusif de Sony.

    J'allume mon écran en prenant mon café. Les messages de mes amis et collègues arrivés pendant mon sommeil s'affichent, classés selon mes critères. Je réponds à ma famille qui me demande des nouvelles, et je joins au message une vidéo prise le week-end précédent lors d'une sortie avec des proches.

    Mon écran s'allume lorsque j'entre dans la salle avec mon café. Les messages publicitaires défilent, sans possibilité d'interruption, avant de m'afficher les messages de mes amis et mes collègues. Certains sont illisibles, leurs systèmes étant incompatibles avec le mien. Chaque message lu est entrecoupé par une bannière publicitaire. Je réponds à ma famille qui me demande des nouvelles en choisissant parmi les réponses prédéterminées proposées ; j'ai épuisé mon quota de texte libre pour la semaine. Je joins au message un lien vers le service de vidéo-surveillance de Google qui me montre le week-end précédent à une publiparty avec des proches.

    Après un bon bain chaud et relaxant, je pars au travail. Mes collègues m'ont envoyé de nouveaux programmes à tester, que j'installe sur mon ordinateur de bureau et mon téléphone mobile. J'appelle quelques clients pour leur proposer de nouvelles idées, et je passe l'après-midi à travailler sur un contrat de développement avec une association locale. À la fin de la journée, je rejoins des amis dans un petit bar qui vient d'ouvrir au coin de la rue.

    Après une douche rapide, étant donné mon retard, je pars au travail. Je cherche sur Yahoo la liste des gens qui ont cherché à me joindre par téléphone. Je les rappelle, et écoute soigneusement le publiquizz pour répondre correctement à la question qui me permettra d'entrer en relation avec mon correspondant. Lorsque j'entends « si la nouvelle lessive Procter & Gamble utilise les nouveaux enzymes gloutons, appuyez sur 1, sinon, appuyez sur 2 », j'appuie sur 1. J'ai bon. J'indique à Microsoft que je souhaite tester les nouveaux programmes de mes collègues ; mon compte bancaire est débité automatiquement, et une copie fonctionnant pendant 48 heures est automatiquement installée sur mon ordinateur de bureau. Aucune version n'est disponible pour mon téléphone mobile, NEC n'ayant pas encore mis en place de service d'adaptation de code. Je passe l'après-midi à indiquer les programmes dont j'ai besoin à Microsoft, en louvoyant entre les messages publicitaires. À la fin de la journée, je rejoins des amis au Starbucks Café géant qui occupe le quartier voisin de celui où je travaille.

    Je rentre chez moi en fin de soirée et me couche en lisant un roman. J'ai hâte d'être à demain, car ma tendre moitié rentre d'un déplacement professionnel à l'étranger. Je m'endors, le sourire aux lèvres.

    Je rentre chez moi en fin de soirée. Seule une veilleuse est disponible; mon employeur, estimant que j'avais besoin de sommeil, n'a pas autorisé l'allumage des lampes après 23h. J'espère que demain Meetic aura enfin approuvé ma candidature pour que je puisse enfin rencontrer quelqu'un. Je m'endors, torturé par l'angoisse.

    Et vous ? Dans quel monde voulez-vous vivre ?

  4. Équipons les majuscules (2005-11-17)

    Il m’arrive fréquemment de rappeler à mes correspondants qu’en français l’accent a pleine valeur orthographique, y compris sur les lettres majuscules. Il arrive tout aussi fréquemment que lesdits correspondants me répondent qu’ils ont la malchance d’être sur un système propriétaire (Microsoft Windows ou MacOS) qui ne leur permet pas de les saisir alors que l’interface X-Window permet de simplement presser « majuscules (ou caps-lock) » avant le caractère accentué pour en obtenir la version majuscule. Par exemple, « École » se saisit sur mon système GNU/Linux en pressant successivement les touches « majuscules é majuscules c o l e ».

    J’ai appris récemment que ces systèmes étaient, sur ce point précis, moins limités que ce que peuvent en penser leurs utilisateurs. Sur le site de l’Université de Paris V, vous trouverez une page expliquant comment saisir facilement les majuscules accentuées sous Microsoft Windows et MacOS. Gardez cette page dans un de vos favoris, ou, si vous préférez les arbres morts, imprimez la et affichez la à côté de votre écran.

    À bon entendeur, salut.