De la sélection en école d’ingénieur
September 12th, 2005 by Samuel TardieuLes admissions dans une école d’ingénieurs comme l’ENST peuvent se faire selon plusieurs voies différentes :
- le concours commun Mines-Ponts-Télécom, qui sélectionne les élèves après les Classes Préparatoires aux Grandes Écoles scientifiques (CPGE) ;
- l’admission sur titres, qui permet à des élèves ayant une maîtrise (lorsque cela existait) de rentrer en deuxième année, et à ceux ayant une licence d’entrer en première année ;
- le double-diplôme avec l’École Polytechnique ou des écoles ou universités étrangères ;
- le corps interministériel des télécommunications, pour certains élèves polytechniciens ou normaliens.
Un élève récemment admis sur titres me demandait pourquoi, en suivant cette voie, on devait nécessairement passer plusieurs entretiens non techniques avant de pouvoir être admis. C’est une question que je ne m’étais pas posée auparavant mais pour laquelle je pense avoir quelques éléments de réponse :
- les élèves venant de classe préparatoire ont passé un concours national pour pouvoir intégrer l’École ; de plus, s’ils ont suivi avec succès les classes préparatoires jusqu’à pouvoir être sélectionnés, c’est probablement qu’ils sont suffisamment malléables pour pouvoir être efficacement formés au métier d’ingénieur ;
- les élèves provenant de l’université ont, pour leur part, deux défis à relever : les universités étant de niveau inégal, il est difficile de les classer, c’est pour cela que leurs notes et leurs mentions, même si elles entrent bien évidemment en ligne de compte, ne suffisent pas à les départager ; de plus, on ne sait rien de leur capacité à emmagasiner de nouvelles informations et de nouveaux concepts en grande quantité, les entretiens non techniques servent donc à évaluer leur motivation pour le métier d’ingénieur et leur connaissance de ce que cela implique.
Loin de constituer une discrimination à leur encontre, cette série d’entretiens est probablement une chance pour eux. Ceux qui seront admis ont a priori (personne n’est à l’abri d’une erreur de jugement) toutes les capacités requises pour faire, après deux ou trois ans passés à l’École, un excellent ingénieur.

September 14th, 2005 at 20:56
je trouve que l’entretien devrait aussi être proposé pendant les oraux des gens qui viennent de prépa. Un ingénieur ne doit pas seulement savoir emmagasiner, analyser et synthétiser des tonnes d’information, mais doit aussi être capable de s’exprimer clairement, éventuellement sur des sujets qui ne concernent pas directement son métier.
J’ai passé un entretien en entrant à l’INT (autre école du GET), côté école de gestion, et j’ai trouvé ça intéressant. En plus, ce sont des anciens qui font passer les entretiens, des gens qui pour moi ont une vision non académique de la vie universitaire a priori.
September 14th, 2005 at 21:02
Olivier : je suis tout à fait d’accord avec toi sur les capacités de s’exprimer clairement. Mais comme une collègue me le rappellait récemment, il ne faut pas oublier lors des concours l’importance des épreuves de français. Celles-ci portent sur des sujets non-techniques (des œuvres littéraires étudiées pendant les classes préparatoires) et permettent de juger les capacités d’analyse, de synthèse et de qualité d’expression.
September 15th, 2005 at 13:53
Ma frangine, qui a fait l’INT avec Olivier je crois, a eu le droit à des questions de hautes volées comme “vous vous voyez plutôt femme ou ingénieur”… Vive les entretiens qui font de vrais ingénieurs.
September 15th, 2005 at 14:07
Les entretiens ne font pas les ingénieurs, ils déterminent si une personne pourra faire un bon ingénieur et si elle est motivée pour cela.
Une question que je pose systématiquement est : « Quelles sont les différences entre un technicien et un ingénieur ?». Quelques (rares) candidats n’ont sû en trouver aucune, ils n’avaient pas la moindre idée du type d’emploi occupé par un ingénieur, ne s’étaient pas renseignés, n’avaient lu aucun témoignage. Ceux-là ne venaient que parce qu’ils pensaient que leurs résultats à l’université leur permettait d’acquérir un nouveau titre plus prestigieux que s’ils avaient continué à la fac. En général, je m’en méfie comme la peste.
September 20th, 2005 at 14:05
Il se trouve que ma soeur n’avait aucune envie d’être ingénieur. Elle a eu 17 à l’entretien et comme tu le sais peut-être, elle termine actuellement une école de design, ce qu’elle fera plus tard très certainement.
Cela étant je ne suis pas sûre que sa formation d’ingénieur ait été inutile dans son futur métier et je trouve ta question excellente… Tu répondrais quoi toi?
September 28th, 2005 at 22:45
Ben heureusement que je ne suis pas tombe sur toi a l’entretien !
Je pense que j’aurais parle d’une difference dans la maniere d’apprehender les problemes a resoudre avec un niveau de comprehension plus globale pour l’ingenieur qui sait utiliser sa culture scientifique pour arriver a abstraire le probleme et le resoudre de maniere simple et elegante. Je dois dire que c’est cette qualite qui fait le succes des ingenieurs francais dans la silicon valley.
Cependant, je me considere aussi comme un technicien dans le sens ou je code encore et j’essaie de m’interesser a tous les niveaux qui font marcher la bete. Les gens dont je me mefie comme la peste, c’est ceux qui n’ont qu’une vision ultra haut niveau (les managers “faut qu’on, y’a qu’a”) et qui n’ont qu’une culture journalistique des concepts qu’ils manient sans essayer d’identifier les vrais problemes. Ces “ingenieurs” viennent des memes ecoles et sont souvent beaucoup mieux reconnus au sein des entreprises francaises que les ingenieurs qui font de la “technique”.
PS Pour reprendre l’excellent dicton Shadok: “S’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de probleme”
PPS Pour l’entretien, Je suis tombe sur Piccori et Danzart et ca s’est tres bien passe…
September 29th, 2005 at 0:00
J’hésitais à répondre à µ au cas où un futur candidat tomberait sur ce blog. Mais le commentaire de Julien m’y pousse, et je me dis que si un candidat prend la peine de se renseigner sur ses examinateurs, il mérite d’avoir une réponse qui conviendra à son interlocuteur.
Pour moi, un technicien est une personne qui sait accomplir, de manière professionnelle, des gestes techniques extrêmement pointus. Un ingénieur peut bien entendu faire de la technique, mais ce qui est important pour lui est de savoir qu’un grand nombre de méthodes et de techniques existent, et de savoir les retrouver rapidement.
Je n’attends pas d’un ingénieur sortant de l’École qu’il sache implémenter toutes les méthodes de tri qu’il aura pu voir lors de ses études. Cependant, j’espère que face à un problème qui nécessite de trier les données, il ira choisir la meilleure méthode au vu du contexte pour accomplir au mieux son travail. Sachant que plusieurs méthodes de tri existent, sachant qu’elles ont chacune leurs complexités typique et maximale, il devra étudier les différentes possibilités, y compris celles qu’il n’a pas étudiées explicitement, et choisir la meilleure d’entre elles pour le cas précis qui l’intéresse.
J’ai eu une discussion à ce sujet avec une élève à la fin de l’année dernière. Elle me disait qu’elle avait eu l’impression de ne rien apprendre d’utile en première année. Le dialogue a donné à peu près ceci :
Bah mine de rien, c’est le genre de dialogue qu’il est extrêmement agréable d’avoir avec ses élèves. Cela donne l’impression de ne pas parler dans le vide et de ne pas travailler pour rien. Elle-même était ravie d’avoir compris l’utilité de la formation d’ingénieur. Et je pense vraiment qu’à ce moment elle a compris en quoi le métier d’ingénieur et celui de technicien, qu’elle avait peut-être l’impression d’apprendre, étaient différents.