Tunisie: premières impressions

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Dans le cadre du projet TEMPUS, échange scientifique entre l’ENST et SUP’COM Tunis, l’ENST m’a demandé de partir une semaine en Tunisie pour donner un ensemble de cours sur l’informatique dans les sytèmes embarqués. Après avoir confié le chat aux bons soins de Sébastien, qui s’occupera de nourrir et distraire le fauve, j’ai embarqué dimanche après-midi pour Tunis.

Premier contact

À la descente de l’avion, un français ne se trouve pas dépaysé. Les affiches sont beaucoup plus souvent en français qu’en arabe, et les inscriptions sont généralement bilingues.

Un enseignant-chercheur de SUP’COM, Chiheb, a eu la gentillesse de venir me chercher à l’aéroport. Nous sommes allés prendre un café pour discuter avant de nous rendre à mon hôtel situé en plein centre ville, sur l’avenue Bourguiba, l’équivalent des Champs-Élysées à Paris. L’hôtel Carlton est un hôtel 3 étoiles, mais se rapproche plutôt d’un 2 étoiles en France. Le prix de la chambre double avec petit-déjeuner semble cher pour un Tunisien, mais tout à fait raisonnable pour un Français habitué aux prix parisiens: 43DT (dinars tunisiens, divisés en 1000 millimes), soit 28€.

Le niveau de vie tunisien est beaucoup plus bas que son équivalent français. Par exemple, un jeune Maître de Conférences gagne 1200DT (780€), soit moins de la moitié de ce que touche un français pour un poste équivalent.

En me promenant dans le quartier pendant la soirée, j’ai pû comparer les sandwiches « grecs » tunisiens (sandwiches shawarma ici) aux français: les premiers sont plus riches (avec des olives), plus épicés (voire un peu trop pour un un palais européen) et beaucoup moins chers.

Lundi

Après une nouvelle promenade dans le quartier, Adel, mon correspondant à SUP’COM, est venu me chercher pour un repas dans un restaurant proche de mon hôtel (4,500DT par personne, soit 2,93€); je recommande d’ailleurs la salade mechouia, épicée mais délicieuse accompagnée de pain. Pendant qu’Adel allait à un rendez-vous voisin, j’en ai profité pour parcourir la Médina, le souk tunisois, grand marché aux puces tout proche de mon hôtel, temple du marchandage, ainsi que la maison des artisanats où j’ai retrouvé par hasard Adel dont le rendez-vous avait été plus court que prévu.

L’après-midi fut consacrée à la visite de SUP’COM, à la présentation des projets de recherche locaux et à la définition des programmes précis du cours parmi les différentes possibilités. Les laboratoires de recherche de SUP’COM sont à la pointe dans plusieurs domaines. J’ai rencontré plusieurs chercheurs, doctorants et étudiants travaillant sur des projets industriels; la collaboration avec les entreprises est extrêmement poussée, et produit des résultats concrets. Par exemple, la terminal de visiophonie proposé depuis quelques jours par France Telecom utilise le codec H.263 développé à SUP’COM, qui travaille en ce moment sur H.264, qui permet de diviser par deux la bande passante nécessaire.

J’ai eu énormément de chance: contrairement à ce que prévoyait les services météorologiques pour toute la semaine, le temps a été au beau fixe et le soleil au rendez-vous. Malheureusement, les prévisions pour le lendemain et les jours suivants étaient moins optimistes.

Mardi

La journée de mardi était libre. J’en ai profité pour retourner à la Médina. Il m’y est arrivé deux épisodes assez déroutants lors de mes périgrinations. Le premier a eu lieu dans une boutique tenue par deux tunisiens:

  •  Bonjour, tu es français ?

  •  Bonjour, oui, de Paris

  •  Mmm, pas seulement. Tu as des racines portugaises ?

  •  Euh, oui, comment tu le sais ?

  •  Ça se voit

S’ensuivent des salutations en portugais. Les deux commerçants m’ont alors expliqué que, contrairement à ce que j’aurais crû étant donné le niveau de vie au Portugal, beaucoup de Portugais visitent la Tunisie et sont de bons acheteurs. Je n’ai d’ailleurs pas fait honneur à cette partie de mes racines, ne trouvant rien qui me plaisait dans ce magasin d’assiettes et de miroirs décoratifs.

Le deuxième épisode m’a fait découvrir à quelle vitesse les informations circulaient dans les grandes familles liées au souk. Je me promenais entre les étalages, lorsqu’un commerçant m’interpelle en me disant « Eh, le Parisien qui loge au Carlton, comment vas-tu, je peux t’offrir un thé à la menthe ? ». Il m’a alors expliqué que son frère était réceptionniste au Carlton, et qu’il m’avait aperçu la veille au soir lorsqu’il lui rendait visite. Ce qu’il avait en stock me plaisait beaucoup, j’ai acheté trois poufs pour mon salon en faisant baisser les prix de deux tiers. Malgré cela, j’ai quand-même l’impression de les avoir payé trois fois plus cher que ce qu’aurait obtenu un Tunisien, ce qui ne m’empêche pas d’être content d’avoir marchandé.

Cette impression a été renforcée lorsque Ali, un élève tunisien de l’ENST en vacances dans sa famille m’a rejoint avec son amie. Je l’ai laissé négocier pour mes nouveaux achats dans le souk. Il a obtenu un prix d’environ 40% inférieur à l’objectif que je m’étais fixé et que je n’espérais qu’à peine atteindre.

La Médina est un véritable labyrinthe. Lorsque j’ai délibérément quitté les rues commerçantes pour m’enfoncer dans les ruelles environnantes, je me suis retrouvé dans un environnement digne d’un jeu vidéo. Comme dans ces derniers, j’ai mis énormément de temps pour retrouver mes repères, entre la rue de la semoule, la rue du tailleur et quelques dizaines d’autres.

En fin d’après-midi, après qu’un couple d’amis d’Ali nous ait rejoint, nous sommes allés en tramway dans la banlieue Nord de Tunis, près du quartier de l’Ariana, pour discuter dans un salon de thé. Ali m’a ensuite raccompagné jusqu’au centre de Tunis, ou j’ai fait une pause par un publinet (cybercafé tunisien) pour envoyer des nouvelles rapides à mes proches. J’ai même écrit un billet pour mon blog, qui a disparu de manière incompréhensible à cause du traitement illogique des fonctions backward et forward de Microsoft Internet Explorer, seul navigateur disponible sur place.

Demain matin, mercredi, Adel doit venir me chercher à 7h00 pour éviter les embouteillages en allant à SUP’COM. Mon cours de trois heures commence à 8h30, ma soirée de mardi est consacrée à rédiger ce billet, que je mettrai en ligne mercredi, et à relire mon cours pour m’en imprégner totalement.

La Tunisie, Internet et les logiciels libres

Internet existe en Tunisie mais son taux de pénétration dans les foyers est assez faible. L’ADSL, disponible jusqu’à l’année dernière uniquement pour les entreprises, peut maintenant être installé chez les particuliers. Son prix, 60DT par mois (39€) pour 256kbps, est prohibitif au regard du niveau de vie moyen tunisien. Cependant, beaucoup de Tunisiens accèdent à Internet dans les publinets (qui partagent un modem à 56kbps pour une demi-douzaine de postes) et utilisent le courrier électronique, la navigation sur le web et surtout la messagerie instantanée. Peu de services administratifs sont disponibles en ligne pour l’instant. Les laboratoires de recherche de SUP’COM que j’ai visités ne disposent pour l’instant que d’une ligne téléphonique, et la plupart des postes ne permettent pas d’accéder à Internet.

Les systèmes d’exploitation utilisés sur la quasi-totalité des postes, même dans cet établissement supérieur, appartiennent à la famille Microsoft Windows. Très peu de systèmes Unix ou GNU/Linux sont disponibles, même si les enseignants-chercheurs en ont entendu parler. Les licences Microsoft sont offertes aux établissements d’enseignement, et payées à prix d’or dans les entreprises ; la première dose est gratuite, l’accoutumance fera ensuite la richesse de la multinationale du logiciel.

En Tunisie, il est aujourd’hui difficile de se procurer des pièces détachées, notamment des cartes-mères de qualité, permettant de monter soi-même son ordinateur. Du coup, les ordinateurs arrivent construits et préconfigurés, avec, bien entendu, Microsoft Windows. La plupart des Tunisiens équipés ne connaissent que ces systèmes d’exploitation, et ignorent jusqu’à l’existence des alternatives libres.

Il est à espérer que l’augmentation des débits des connexions Internet et l’accès individuel croissant à l’ADSL permettra la multiplication des récupérations de CDs de GNU/Linux ou des systèmes libres de la famille BSD, et leur installation en masse. La technologie apportera-t-elle la véritable liberté de choix ?

Note: la suite du voyage est disponible ici.

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