Je ne comprends pas

May 30th, 2005 by Samuel Tardieu

Plusieurs de mes amis déplorent, parfois avec beaucoup d’amertume, la victoire du non lors du référendum de dimanche. Supposons qu’ils aient eu à se prononcer sur le traité de Nice, qui s’appliquera à la place du traité constitutionnel, qu’auraient-ils voté ? Oui, ce qui signifie qu’ils ne le trouvent pas si mauvais que ça ? Non, ce qui les place dans une situation leur permettant difficilement de critiquer le choix de la majorité ?

18 Responses to “Je ne comprends pas”

  1. Thomas Says:

    Quel est le point que tu cherches à établir ? Que les partisans du « oui » devraient être contents de toute façon et n’ont qu’à fermer leur gueule ?

  2. Pierre Says:

    C’est la différence entre l’utopie et le pragmatisme.

    J’aurais probablement voté OUI au traité de Nice, amélioration incrémentale. Le nouveau traité est à mon sens bien meilleur, il fallait donc le voter également sans hésitation.

    Si on se place dans une optique utopiste, aucun des deux traités n’est idéal, il faut donc les refuser, tout comme il faut refuser toute construction européenne réelle — ce qui est en train, très concrètement, de se passer. On peut donc, en effet, se prétendre européen en refusant tout ce que l’on appelle, aujourd’hui, la construction européenne ; mais c’est courir le risque de ne rien avoir du tout à la fin.

    Le NON signifie concrètement qu’il est aujourd’hui impossible d’avancer pragmatiquement en France sur une construction collective qui dépasse le pays.

    Quant aux utopies, on sait ce sur quoi elles ont débouché par le passé. Citation obligatoire : ceux qui ne connaissent pas l’histoire sont condamnés à la répéter.

  3. Samuel Tardieu Says:

    Thomas: pas fermer leur gueule, chacun a droit à son opinion, mais accepter le choix de la majorité et chercher à aller de l’avant plutôt que de penser que les français sont bêtes et n’ont pas sû comprendre.

    Et Thomas et Pierre, merci d’avoir répondu, c’est majoritairement (mais pas seulement) à vous deux que je pensais.

  4. Thomas Says:

    C’est bien ça qui me pose un (gros) problème, j’y reviendrai.

    D’abord sur l’analyse biaisée et spécieuse, je te réponds à nouveau ce que j’ai dit en privé : le traité de Nice était une étape intéressante. Si on m’avait consulté à son sujet, j’aurais probablement voté « oui ».
    Et alors ? Le TECE était une étape supplémentaire, quelque chose en plus, quelque chose de différent. De mon point de vue, on reste avec un bon texte, mais c’est dommage quand même de n’avoir pas accepté le texte, que je crois meilleur, qui nous était proposé.

    Sur le fait d’être interpellé à ce sujet, maintenant. Je suis blessé et fatigué du mépris et de l’opprobre dans lesquels sont maintenus tous ceux qui ont voté « oui ». J’en ai marre de me faire cracher à la gueule à tous les coins de rue.

    Certains l’ont fait, mais personnellement je n’ai jamais hurlé que les français étaient des abrutis. Le choix est fait, je le respecte pour ce qu’il est. Tu vois, même quand on vote « oui », on peut avoir une certaine idée de la République.

    Maintenant, souffre que mes convictions demeurent et que je dise une déception qui me paraît légitime. Accepte aussi l’opinion et l’expression de ceux qui veulent aller de l’avant mais qui pensent que serrer le frein à main n’était pas la meilleure solution pour ce faire.

  5. Samuel Tardieu Says:

    Je suis blessé et fatigué du mépris et de l’opprobre dans lesquels sont maintenus tous ceux qui ont voté « oui ». J’en ai marre de me faire cracher à la gueule à tous les coins de rue.

    C’est drôle que tu écrives cela, la plupart des commentaires blessants et insultants que j’ai lus visaient ceux qui ont voté non, que ce soit pendant la campagne ou après le résultat du référendum.

    Ce scrutin est étrange. Pour la première fois de mon existence, je n’ai pas pû voter car mon voyage à l’étranger a été finalisé beaucoup trop tard pour que je puisse établir une procuration en temps et en heure. Et c’est également la première fois que cela ne me dérange pas ; je n’étais convaincu par les arguments d’aucun des deux camps et n’arrivait pas à me décider. Après coup, je trouve ma position beaucoup plus confortable que celle des partisans du oui qui regrettent amèrement le résultat et celle des partisans du non qui se demandent pour certains s’ils n’ont pas fait une connerie.

  6. Pierre Says:

    Samuel : sur les commentaires « blessants et insultants » visant les partisans du non pendant la campagne. C’est un argument victimaire récurrent du camp du non. J’ai lu énormément la presse pendant la campagne, les points de vue publiés étaient nombreux, et je peux dire que cet argument est totalement retournable. De quoi n’a t’on pas accusé le camp du oui…

  7. Thomas Says:

    Commentaires blessants et insultants de ma part ? Oui, certainement, si dire « tu me prends pour un con » à quelqu’un qui me prend pour un con est blessant. Oui, si faire remarquer à un contradicteur que son discours est incohérent et prétend tirer des conclusions sans lien logique est insultant.

    Certains ont jugé utile de hurler que les français étaient des abrutis. Moi pas. Loin de là. Et je suis choqué, blessé (oui je me répète, parce que ça fait vraiment mal) d’être amalgamé avec ceux-là, et de faire encore l’objet de la haine, du mépris et de la suffisance provenant de tenants du « non ». (J’ai bien dis « de » tenants et non pas « des » tenants).

    Bien sûr, la position des Ponce Pilate de ce scrutin est plus confortable que la mienne. La responsabilité de citoyen n’est pas toujours agréable à porter.

  8. Samuel Tardieu Says:

    Le fait de ne pas voter (même s’il était indépendant de ma volonté dans ce cas) ou de voter blanc peut être une manière tout à fait légitime de s’exprimer. Vouloir à tout prix choisir un des deux bulletins lorsqu’on a le sentiment de ne pas maîtriser le sujet malgré les efforts faits pour l’analyser n’est pas obligatoirement un service rendu à la démocratie.

    Le résultat aurait-il été différent si les citoyens qui n’étaient pas sûrs de comprendre les tenants et les aboutissants du traité s’étaient abstenus ?

  9. Thomas Says:

    Je pense au contraire que le citoyen a une obligation de résultat, pas seulement de moyen, quand il est appelé aux urnes. Question de responsabilité. Il arrive un moment où temporiser, où dire « je ne sais pas », ne sont plus des choix possibles.

    Je ne sais pas comment ont voté majoritairement ceux qui n’étaient pas sûrs d’eux. J’ai l’impression qu’avant le scrutin, j’ai entendu plus de « je ne suis pas sûr de comprendre donc je vote non » que de « je ne comprends pas bien donc dans le doute je vote oui », mais ce n’est rien que mon impression subjective, et en tout état de cause je ne suis pas sûr que ça aurait pu faire basculer le résultat.

  10. Pierre Says:

    « Le fait de ne pas voter (même s’il était indépendant de ma volonté dans ce cas) »

    Excuse difficilement recevable : faire une procuration ne prend que quelques minutes et peut être réalisé dans la plupart des cas jusqu’à l’avant-veille du scrutin (délai de la poste).

    En ce sens, ne pas voter n’est pas équivalent à voter blanc. Seul ce dernier cas dénote sans équivoque une réelle indécision.

    Le résultat aurait-il été différent si les citoyens qui n’étaient pas sûrs de comprendre les tenants et les aboutissants du traité s’étaient abstenus : qui peut prétendre comprendre tous les tenants et les aboutissants d’un vote ? Ce serait prétendre que l’on doit être sûr de détenir la vérité. Or on en est généralement réduit à faire au mieux de sa connaissance et de sa conscience. Encore une fois, on peut opposer ici utopie (je ne vote que si je suis sûr de mon choix) et pragmatisme (je pense que tel choix que je sais imparfait est meilleur que tel autre). Quant au vote ras-le-bol, je ne suis pas sûr qu’il appartienne à cette classification qui suppose un vote rationnel.

  11. Samuel Tardieu Says:

    Excuse difficilement recevable : faire une procuration ne prend que quelques minutes et peut être réalisé dans la plupart des cas jusqu’à l’avant-veille du scrutin (délai de la poste).

    Sauf quand tu as confirmation définitive le vendredi que tu pars le dimanche à l’étranger, que tu es pris en journée en dehors de Paris et qu’après 17h le samedi le commissariat du XIIIème arrondissement n’enregistre plus les procurations. Et le consulat de San Francisco m’a indiqué qu’ils ne pouvaient pas enregistrer ma procuration, n’était pas résident aux USA.

    Je pense donc que mon excuse est tout à fait recevable dans ce cas précis :-)

  12. Thomas Says:

    Si tu demandes et obtiens l’établissement d’une procuration « au cas où », tu ne peux plus voter en personne (ou laisser voter ton mandataire alors même qu’en fin de compte tu te trouves physiquement en mesure d’aller voter) ?

  13. Samuel Tardieu Says:

    Si. Mais pour cela, il faut obtenir cette procuration « au cas où », et je n’ai pas entendu parler d’une telle possibilité (et n’y ait donc pas pensé).

  14. Un soir de pluie et de vent Says:

    Nous sommes ici par la volonté du peupleJe suis triste, déçu. Amer. Je ne veux pas revenir sur les raisons pour
    lesquelles je suis convaincu que ce traité aurait été un bon texte pour
    l’Europe et pour les européens. Je suis las d’être taxé de cécité ou de
    sottise par ceux qui brandissent

  15. Thomas Says:

    De quelle « possibilité » n’as-tu pas entendu parler ? Je ne comprends pas bien.

  16. Samuel Tardieu Says:

    D’établir une procuration « au cas où » (j’ai lu, sur un site officiel, qu’il n’y avait plus de justificatif à fournir mais qu’une déclaration sur l’honneur devait être établie indiquant que tu étais absent le jour du scrutin).

  17. Thomas Says:

    Ben, tu peux déclarer que tu « prévois de ne pas pouvoir être là », je suppose. On ne peut pas te reprocher par la suite de ne pas avoir pu prédire l’avenir avec certitude, si des circonstances impondérables font que, finalement, contrairement à ce que tu prévoyais, tu es là tout de même.

    M’enfin, IANAL, je n’ai pas vérifié la lettre des textes ni les usages en la matière, tout ça.

  18. Pierre Says:

    Pour mieux comprendre l’amertume des partisans du oui :

    http://www.liberation.fr/page.php?Article=300320
    Extrait : Ainsi, 49 % des personnes interrogées approuvent l’affirmation selon laquelle «il y a trop d’étrangers en France».

    Avec un tel ras de marée xénophobe, le FN n’est clairement pas le seul responsable. Une partie de l’ultra-gauche porte sa part de responsabilité : http://www.france.attac.org/a4262/
    Voir par exemple “Anna, jeune slovaque”.

    Alors, « blessants et insultants », les partisans du oui qui avertissaient contre la dérive xénophobe ?

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